Clivages
Juste / pas juste
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Cet article est issu du numéro 52 de Philosophie magazine « 52 - septembre 2011 », en kiosque le 25 août 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Si la justice revient à attribuer à chacun ce qui lui revient, il est difficile de satisfaire tout le monde… À quels critères doit-elle répondre dans ce cas ? Le mérite, le talent ou le besoin ?
« C’est pas juste ! » Voilà sans doute le tout premier jugement moral prononcé par l’enfant. L’adolescent d’aujourd’hui y ajoutera un adverbe étrange, mais pas absurde : « C’est trop pas juste ! » Ce qui montre assez que, si l’on ne sait jamais (trop) bien ce qu’est la justice, on parvient de manière beaucoup plus rapide et spontanée à s’accorder sur l’injustice. Et pourtant, définir positivement la justice n’est pas impossible car, depuis Aristote au moins, on dispose d’une définition qui, une fois n’est pas coutume, fait largement consensus. Le philosophe grec l’avait définie comme la vertu qui consiste à attribuer à chacun ce qui lui revient. Le droit romain reprendra l’idée dans une formule célèbre : Suum cuique tribuere (« donner à chacun le sien »). Ce qui permet de voir que, pour que la question de la justice se pose, il faut à la fois une certaine rareté et la nécessité d’un partage : bref, il faut qu’il n’y en ait pas pour tout le monde.