Le billet de Jean-Marie Durand

J’y pense et puis je lis / Novembre 2022

Temps de lecture : 2 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 164 de Philosophie magazine « Réparer la Terre ? », en kiosque le 28 octobre 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Que dire à un jeune de 20 ans confiant le malaise qui le submerge et son incapacité à trouver sa place dans un monde désespérant ? Comment faire face à l’élan de cette génération qui se transforme désormais en « angoisse existentielle, macabre et paralysante », telle que nous l’observons dans nos vies intimes et publiques ? Entendre cette plainte d’abord, mais lui opposer aussi un contre-chant en s’efforçant, comme le fait l’écrivaine Céline Curiol dans Prendre la tangente. Lettres à un étudiant d’aujourd’hui (Actes Sud, 96 p., 12 €), de « saisir la désaffection » de cette jeunesse fuyante pour l’aider à « en anéantir les racines ». Inspirée par les Lettres à un jeune poète de Rilke, elle propose moins des conseils pratiques qu’elle ne susurre quelques idées invitant à se cogner aux difficulté de la vie, ce par quoi se forge un engagement. Sans prétendre lui expliquer le monde du haut de sa maturité, Céline Curiol se met délicatement à hauteur de l’anxiété de l’étudiant, faisant de son adresse la marque d’une attention, première pierre d’une réconciliation avec l’idée d’un avenir. Apprendre à surmonter les doutes, à faire alliance avec eux, trouver « le point de mire » qui guidera ses pas, « d’autant plus juste qu’il aura été difficile à chercher », fuir les normes et le « bercement lénifiant de l’obéissance », ne pas se laisser impressionner par l’ardeur des camarades immunisés contre les doutes et galvanisés par la croyance de leurs futurs succès… Sans être un strict programme existentiel, les pistes ouvertes par son aînée offrent à l’étudiant un horizon revigorant en ce qu’il procède d’un partage de l’inquiétude et de la conviction selon laquelle la prise d’une tangente promet toujours une reprise kierkegaardienne, un nouvel essor dans la vie nourri de cet apprentissage même de la fuite.