L’invention
La 3D laisse pas béton !
La start-up française Farm-3D a inauguré en mars un immeuble en béton de 500 mètres carrés et de 14 mètres de haut, construit en seulement 225 heures, dans la commune de Bruay-sur-l’Escaut. © Sébastien Courdji / La Voix du Nord /Maxppp
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Cet article est issu du numéro 189 de Philosophie magazine « Peut-on réparer ses erreurs ? », en kiosque le 24 avril 2025. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est une petite prouesse qu’a réalisée l’entreprise française Farm-3D dans la commune de Bruay-sur-l’Escaut, près de Valenciennes : la start-up a inauguré en mars un immeuble en béton de 500 mètres carrés et de 14 mètres de haut, construit en seulement 225 heures. Le secret ? L’utilisation de grues-imprimantes 3D.
Alors qu’année après année, la crise du logement est dénoncée, cette innovation est présentée comme une innovation majeure. La technique de construction permettrait de bâtir, à grande vitesse, des habitations pour des coûts très faibles : environ 1 000 euros le mètre carré.
Antoine Motte, le président de Farm-3D, espère la diffusion rapide de la construction en 3D mais souligne l’ampleur du défi : « Il faut montrer l’exemple parce que les constructeurs ont peur de notre technologie. Ils sont dans un ancien monde qui leur allait bien, mais le monde change, c’est le moment d’imprimer les maisons en 3D. » Pour soutenir ce mouvement, Motte a également annoncé la création d’une « école unique au monde », pour former les bâtisseurs de demain.
Cet immeuble n’est évidemment pas le premier édifice imprimé en 3D. Le plus ancien, réalisé à Nantes et baptisé YHNova, est habité depuis 2018. Il est le résultat expérimental d’une collaboration entre des chercheurs de l’université de Nantes, des scientifiques et des entreprises. Des projets comparables se développent partout dans le monde. Ces nouvelles manières de construire pourraient offrir une réponse économique au manque de logements. Mais Martin Heidegger serait sans doute plus circonspect. Dans la conférence « Bâtir, habiter, penser » (1951), il note que « partout on parle, et avec raison, de la crise du logement. On n’en parle pas seulement, on met la main à la tâche. » À ses yeux, pourtant, « si pénible que soit le manque d’habitations, si sérieux qu’il soit comme entrave et comme menace, la véritable crise de l’habitation ne consiste pas dans le manque de logements ». Elle tient, selon lui, au fait que nous ne savons plus habiter harmonieusement le monde. Nous construisons des maisons et des appartements où les hommes ne peuvent pas vivre pleinement : des habitacles bétonnés qui ne s’insèrent plus dans leur environnement, reproductibles à l’identique en tout point du globe.