Le livre du jour
“La Ballade de James”, de Marie-Gabrielle Houriez
© Éditions Ballade à la Lune
Chercher en soi son centre, « os par os, vertèbre par vertèbre », se tenir dans le monde à la verticale : c’est l’inlassable exercice de la danse, et ce pourrait être une leçon de vie. Dans son roman La Ballade de James (Ballade à la Lune, 2021), c’est en ancienne danseuse que Marie-Gabrielle Houriez, notre collaboratrice à Philosophie magazine, écrit la reconstruction « os par os » de James, ex-icône du rock. Il s’est retiré à Paris pour se consacrer à la peinture et y rencontre pas à pas d’autres solitudes. Un récit dense, tenu en équilibre au bord des gouffres existentiels.
- Se tenir au bord, peut-être est-ce la seule manière supportable de vivre. Au bord des gouffres, au bord du monde, au bord des autres… Cette interrogation anime le regard de Marie-Gabrielle Houriez sur ses personnages. James est une ancienne star du rock, ex « icône junkie » aujourd’hui accro à ses cigarettes Kool menthol king size et au café froid. Il a tout quitté – son groupe, ses amours mortes, son pays, les États-Unis – pour se retirer à Paris et se consacrer à sa passion pour les arts plastiques. Son appartement-atelier devient comme la matrice monstrueuse de son chagrin existentiel faite d’aliens et de « marmots phtisiques. »
- Dès la première phrase, la romancière nous plonge dans cette matrice imaginaire : « Les bébés le regardent de leur air de chair molle. La peau du visage, des avant-bras, des jambes et des pieds est suave, appétissante. » Plus tard, James aura l’idée de peindre en bleu les poupons et de les attacher ensemble en étranges guirlandes de fœtus. La description, la plus ordinaire possible, la plus concrète (trouver la colle, la peinture bleue, couper, triturer, envelopper les poupées dans du film alimentaire…) des « bébés bleus » de James est l’une des pièces maîtresses autour desquelles s’enroule le récit.
- Autour de James vivent d’autres solitudes, surtout féminines. Camille, prof de danse, vit seule avec sa fille Suzanne qui apprend le violon. La vieille Anne-Marie au premier étage est un peu la « bonne fée » de l’immeuble. Myrto, une passionnée de punk-rock et maquettiste dans un journal, vit mal sa rupture avec son compagnon Simon, un prof de philo spécialiste de Kierkegaard. Tous savent ici que l’on est sur terre « chacun pour sa pomme », mais cela n’empêche pas la douceur.
- L’écriture de Marie-Gabrielle Houriez tient ensemble, sans pathos, les flux de conscience de ses personnages, souvenirs, sensations, et toujours ces gestes très simples, très précis, qui les font tenir debout. La romancière, qui fut elle-même danseuse, prête à Camille ce qui fait l’apprentissage de cet être au monde à la verticale. Elle écrit comme Camille danse : « Os par os, vertèbre par vertèbre », en cherchant « sa maison d’enfance anatomique ». C’est l’histoire d’une renaissance.
La Ballade de James, de Marie-Gabrielle Houriez, vient de paraître aux Éditions Ballade à la Lune. 100 p., 13,90€, disponible ici.