La beauté

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Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Tu les trouves jolis, mes pieds ? » demande-t-elle. « Oui, très ! » répond-il, sur fond d’une musique à la fois sirupeuse et tragique. « Et mes chevilles, tu les aimes ? – Oui…  – Et mes seins, tu les aimes ? – Oui, énormément. – Qu’est-ce que tu préfères, mes seins ou la pointe de mes seins ? – Je ne sais pas, c’est pareil… – Et mon visage ? – Aussi. – Tout ? Ma bouche, mes yeux, mon nez, mes oreilles ? – Oui, tout. – Donc tu m’aimes totalement… » Et l’homme, incarné par Michel Piccoli, de sortir de sa réserve pour affirmer avec force : « Je t’aime totalement, tendrement, tragiquement. » Les cinéphiles auront reconnu l’une des plus belles scènes de l’histoire du cinéma, issue du Mépris de Jean-Luc Godard, où Brigitte Bardot, allongée nue sur le ventre, telle une nouvelle Ève, détaille les parties de son corps. Et tourne autour d’une question difficile : qu’est-ce qu’être beau ? Avoir un corps idéalement dessiné ? Même pour une femme comme elle, cela ne semble pas suffire. Puisque c’est dans le regard de l’autre qu’elle cherche un gage de ce qu’elle est. Et ce qui fascine ce regard, ce n’est pas telle partie du corps, mais une grâce, un mystère, une présence totale, une manière unique de bouger, de parler, de se rapporter aux choses et aux êtres, de faire vibrer l’existence, d’autant plus touchante qu’elle est spontanée.

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