Monde animal
La chauve-souris, figure de la maladie ou alliée de la santé ?
© Signe Allerslev/Pixabay
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Des scientifiques américains ont établi un lien entre disparition des chauves-souris et mortalité infantile. La cause ? Quand les chauves-souris disparaissent, les populations d’insectes ravageurs prolifèrent, ce qui conduit à une utilisation accrue de pesticides. La chauve-souris n’est pas simplement, comme on le pense souvent, un animal porteur d’innombrables maladies dangereuses : elle peut aussi participer au maintien de conditions de vie en bonne santé.
Quel est le lien entre la disparition des chauves-souris et l’augmentation de la mortalité infantile ? Des scientifiques américains se sont posé la question, et leur réponse est on ne peut plus claire : quand les chauves-souris disparaissent – comme ce fut le cas aux États-Unis en 2006 à cause d’un champignon, dont les scientifiques étudient les répercussions dans leur étude –, le recours aux insecticides nocifs pour la santé augmente. La plupart des chauves-souris sont en effet insectivores. Elles contribuent à la régulation des insectes et autres arthropodes qui dévastent les cultures. Moins elles sont nombreuses, plus il faut de pesticides pour protéger les exploitations.
« La chauve-souris est la réalisation d’un mauvais vol, d’un vol muet, d’un vol noir, d’un vol bas »
La disparition des chauves-souris ne suscite pas autant d’émotion que celle d’autres espèces. Le mammifère volant est, au sein du règne animal, un mal aimé. « La chauve-souris est la réalisation d’un mauvais vol, d’un vol muet, d’un vol noir, d’un vol bas », écrit Gaston Bachelard dans L’Air et les songes (1943). Les anthropologues Antoine et Frédéric Laugrand développent dans leur article « La leçon anthropologique des chauves-souris » (2020) : la chauve-souris « évoque le monstre ou l’hybride par excellence, puisqu’elle possède à la fois des traits taxonomiques de la famille des oiseaux et de celle des mammifères ». Figure du trouble, elle symbolise en même temps ce qui passe, invisible, d’une espèce à l’autre, parfois d’un règne à l’autre : les virus, les bactéries, etc. La chauve-souris évoque la contamination. Elle fut d’ailleurs longtemps sur le banc des accusés pendant la crise du Covid, avant d’être innocentée. Elle n’en reste pas moins très intimement associée, dans les imaginaires, à l’idée de zoonose (maladie passant de l’animal à l’homme) qui connut alors son heure de gloire. « Les chauves-souris sont stigmatisées comme les porteurs des pires maladies. Ces dernières battent tous les records et surpassent serpents et rongeurs. Depuis plusieurs années, elles sont qualifiées à juste titre de “réservoirs de pathogènes émergents”. » Les chauves-souris, grâce à leur système immunitaire étonnant, peuvent vivre en bonne santé tout en portant d’innombrables maladies.