Cinéma

“La Corde au cou”, de Gus Van Sant : de qui sommes-nous l’otage ?

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“La Corde au cou”, de Gus Van Sant : de qui sommes-nous l’otage ?

La Corde au cou de Gus Van Sant. © ARP - Stefania Rosini 

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Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine « Comment bien se disputer ? », en kiosque le 26 mars 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Avec La Corde au cou, le cinéaste Gus Van Sant adapte un fait divers des années 1970 comme un « film d’époque qui parle d’aujourd’hui », brossant le portrait d’une Amérique impuissante, acculée à la pauvreté, gagnée par la colère et le ressentiment.

 

Indianapolis, 1977. Tony Kiritsis prend en otage Richard Hall, le fils d’un courtier qu’il tient pour responsable de sa misère, sûr d’avoir été floué par sa société de prêts hypothécaires. Son geste désespéré – mais bien préparé ! – est couvert par la télé locale et nationale. Il tient les téléspectateurs en émoi durant soixante-trois heures. 

En moins de deux heures, Gus Van Sant adapte ce fait divers comme un « film d’époque qui parle d’aujourd’hui », brossant le portrait d’une Amérique impuissante, acculée à la pauvreté, gagnée par la colère et le ressentiment. « Un monde incommensurable existe entre éprouver l’amertume, le sentiment d’humiliation et d’indignité, réel mais dont on refuse la permanence, et le fait de se considérer comme la victime expiatoire universelle, de poser cela comme un statut, de vouloir donner écho à cette aigreur, qu’elle vienne consolider une théorie, et se vivre comme réaction, comme débordement », note Cynthia Fleury dans Ci-gît l’amer (2020). Tony Kiritsis (interprété par Bill Skarsgård) franchit, lui, allègrement cette frontière qui sépare le sentiment de la réaction. Il se laisse déborder, et cela fait de lui un personnage parfaitement cinématographique. 

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