L'argent démoniaque

La corruption invisible

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La corruption invisible

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Cet article est issu du numéro 23 de Philosophie magazine « 23 - octobre 2008 », en kiosque le 25 septembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

L’argent affecte-t-il notre relation aux autres et au monde ? Cette intuition de Karl Marx est confirmée par une expérience de psychologie récente : l’usage de la monnaie ne serait pas neutre, mais aliénant.

Lorsqu’on dit que « l’argent est la source de tous les maux », cela ne signifie pas que l’argent soit intrinsèquement mauvais. Cette formule vise plutôt, selon l’intention de saint Paul, son auteur, les dangers d’un amour excessif de l’argent. Mais l’argent en lui-même serait-il un problème, que nous en soyons avides ou non ?

C’est en tout cas l’opinion de Karl Marx. Dans son Manuscrit économique et philosophique, une œuvre de jeunesse datant de 1844 longtemps ignorée jusqu’à sa publication au milieu du XXe siècle, il qualifiait l’argent « d’outil d’aliénation universel », capable de transformer la nature humaine. « Un homme peut être laid, écrivait-il, mais s’il a de l’argent, il peut se procurer les plus belles femmes. » Alors que, sans argent, il lui faudrait probablement manifester des qualités humaines plus exceptionnelles pour parvenir au même résultat. L’argent nous aliène, pensait Marx, il porte atteinte à notre nature humaine comme à nos rapports avec les autres.

La renommée de Karl Marx a décliné quand il est devenu évident qu’il s’était trompé en prédisant qu’une révolution des travailleurs ouvrirait la voie à une ère nouvelle et déboucherait sur une vie meilleure pour tous. S’il n’y avait que Marx pour dénoncer l’effet aliénant de l’argent, on pourrait facilement rejeter cette idée, en n’y voyant que le prolongement d’une idéologie fallacieuse. Mais les travaux de Kathleen Vohs, Nicole Mead et Miranda Goode, publiés en 2006 dans la revue Science, montrent que sur ce point précis, Marx avait touché juste.

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