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L’amour et l’argent, un couple irréconciliable ?

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L’amour et l’argent, un couple irréconciliable ?

© Mathieu Stern/Unsplash

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Si l’on en croit le proverbe « quand on aime on ne compte pas », l’amour avec un grand « A » ne devrait pas se préoccuper de l’argent avec un tout petit « a », mesquin et sans importance. D’où vient ce clivage entre le monde économique et celui des sentiments ? Le philosophe Georg Simmel (1858-1918), dans sa Philosophie de l’argent, décrypte les raisons qui rendent ce duo (apparemment) irréconciliable. 

 

C’est d’abord parce que l’amour a trop longtemps été considéré comme une association financière entre deux « partis », qu’il est à présent si mal vu d’évoquer ce sujet dans les couple. Fort heureusement, la période où les « mariages d’argent » étaient monnaie courante est révolue. Exit, donc, la création d’un ménage visant à perpétuer l’activité familiale en assurant une « descendance ». Dans sa Philosophie de l’argent, Georg Simmel oppose ainsi les couples harmonieux, unis en vertu de « leur qualité individuelle », aux duo malheureux des « mariages d’argent » : lesquels créent irrémédiablement « un état […] d’accouplement sans assortiment ». La généralisation des mariages d’amour et la diminution des mariages d’intérêt ont ainsi favorisé cette distinction – et cette méfiance – vis-à-vis de l’argent dans le couple.

“L’argent se tient au-delà de la sphère personnelle”
Georg Simmel

 

Un mariage d’amour se soucie davantage des élans du cœur que du contenu du porte-monnaie. L’argent est l’amour opposent donc également le « personnel » à l’« impersonnel ». En effet, l’argent – dont on dit qu’il n’a pas d’odeur – possède, selon Simmel, « une impersonnalité incolore ». Par son objectivité platement mathématique, il implique une forme de mise à distance du monde. Une liasse de billets n’est pas un objet que l’on use, un voyage que l’on fait, une expérience que l’on tente : elle n’exprime qu’un ensemble de potentialités abstraites. Pour cette raison, « l’argent se tient au-delà de cette sphère personnelle », résume Simmel. Les finances se situent donc à l’exact inverse de l’amour, considéré au contraire comme ce qu’il y a de plus intime.

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