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La création continue

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La création continue

© Pablo Pasadas pour PM

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Cet article est issu du numéro 12 de Philosophie magazine « 12 - septembre 2007 », en kiosque le 23 août 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Théâtre, lettres et peinture…, trois représentants révèlent, chacun dans sa discipline, une pensée toujours vive et ouverte à tous.

Denis Podalydès. « Il met constamment en doute la thèse du contrôle absolu »

Moderne, Diderot l’est par sa réflexion sur le jeu de l’acteur. Le Paradoxe sur le Comédien est devenu aussi incontournable dans les cursus d’art dramatique que La Formation de l’acteur de Constantin Stanislavski ou les Réflexions du comédien de Louis Jouvet. Fasciné par le théâtre, ayant lui-même hésité « entre la Sorbonne et la comédie », ses idées sur le dédoublement inhérent au jeu de l’acteur, sur la tension entre réflexion et sensibilité, ne laissent pas de susciter des débats passionnés entre les comédiens. Car, à travers les siècles, les préoccupations n’ont pas changé : qu’est-ce qui fait le grand comédien ? Sa sensibilité ou son travail et son intelligence ? Faut-il s’abandonner à la nature ou, par l’étude et l’artifice suprême, donner l’illusion de la nature ? La polémique est toujours aussi vive. Les tenants de l’émotion s’insurgent contre le Paradoxe. Il s’établit un clivage caricatural entre les acteurs « cérébraux » et les acteurs « viscéraux ». Et pour ceux à qui l’on reproche de manquer d’« émotion », la théorie de Diderot est d’un grand réconfort : la répétition implique une mécanisation du jeu. Si les comédiens devaient toujours être dans un état d’hypersensibilité pour jouer, ils deviendraient fous. Une sorte de machine se substitue au corps de l’acteur, qui peut jouer quel que soit son état. C’est un phénomène physique : quand un acteur est enrhumé, sa voix se libère dès qu’il entre en scène. Ce que l’homme du paradoxe appelle la « tête de fer », c’est ce contrôle du comédien sur lui-même qui le transforme en une machine à produire des sentiments. Mais il ne faut pas pour autant succomber au fantasme du contrôle absolu : l’acteur ne reproduit jamais tout à fait les mêmes émotions chaque soir. Sa sensibilité est aussi décisive. On oublie trop souvent que l’essai de Diderot est un dialogue : le second personnage n’est pas moins important que celui qui énonce le paradoxe. Par son silence, il met constamment en doute la thèse du contrôle absolu. La vérité et la portée intemporelle du Paradoxe sur le comédien est là, dans la labilité de cette conversation .

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