Le classique subjectif
La fabrique des concepts
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Cet article est issu du numéro 146 de Philosophie magazine « 2021, on improvise ! Comment agir dans l’incertitude », en kiosque le 14 janvier 2021. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Gilles Deleuze, qui définissait la philosophie comme « l’art de former, d’inventer, de fabriquer des concepts », a vu les siens connaître un succès inhabituel. Sans doute qu’ils semblent aujourd’hui d’une pertinence rare, peut-être encore plus que de son vivant.
Ceux qu’il a lus
Baruch Spinoza (1632-1677)
Deleuze lui a consacré plusieurs livres, dont Spinoza. Spinoza et le problème de l’expression (1969) et Philosophie pratique (1970). Spinoza est pour lui l’exemple d’« une pensée comme éclair », « à vitesse absolue », comme il la décrit à ses étudiants de Vincennes. Que l’on regarde du côté de son analyse de la substance, de la joie ou des passions tristes, il reste selon Deleuze un grand contemporain « qui va à la fois le plus profond, et qui embrasse, qui a une amplitude maximum. »
Karl Marx (1818-1883)
« Nous ne croyons pas à une philosophie politique qui ne serait pas centrée sur l’analyse du capitalisme et de ses développements », explique le duo Deleuze-Guattari, qui envisage le capitalisme comme système répressif des forces du désir. Toutefois, Deleuze voit des limites au marxisme : « Ce qui nous intéresse le plus chez Marx, c’est l’analyse du capitalisme comme système immanent qui ne cesse de repousser ses propres limites, et qui les retrouve toujours à une échelle agrandie, parce que la limite, c’est le Capital lui-même. »
Leopold von Sacher-Masoch (1836-1895)
« Masoch parle un langage où le folklorique, l’historique, le politique, le mystique et l’érotique, le national et le pervers se mêlent étroitement, formant une nébuleuse pour les coups de fouet » : quand Deleuze écrit Présentation de Sacher-Masoch. Le froid et le cruel (1967), c’est pour réparer une injustice. Si le terme de masochisme connaît la postérité, l’œuvre de Sacher-Masoch a sombré dans l’oubli. L’auteur de La Vénus à la fourrure mérite pourtant mieux, tant sa mise en scène du désir explore les zones troubles de notre psyché.