L'oeil et l'esprit

La ferveur de Lascaux

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Cet article est issu du numéro 11 de Philosophie magazine « 11 - été 2007 », en kiosque le 05 juillet 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Ce n’est pas seulement une chasse heureuse qu’invoquent les peintures préhistoriques. Selon Georges Bataille, elles expriment notre rapport à la mort, la part maudite de la violence et de l’érotisme.

En septembre 1940, quatre garçons découvrent, à la lumière d’une lampe, l’immense et sauvage cavalcade animale peinte sur les parois de la grotte de Lascaux, dans le Périgord noir. Aucune figure humaine (à une exception près) sur ces fresques vieilles de 17 000 ans, mais une cohue de bêtes – chevaux au galop, vaches en plein saut, rennes au cou gracile, taureaux paradant, bouquetins. Ce vertige de l’œil devant la surabondance des formes, cette vacillation de la pensée confrontée au mystère des origines, Georges Bataille les a éprouvés avec une acuité particulière.

Contemplant l’étourdissante frise, l’écrivain s’interroge : qu’est-ce qui, en définitive, sépare l’homme préhistorique de la bête ? Il y a, bien sûr, le travail, qui suppose le recours à la technique, un calcul de la raison. Avec le travail, la pensée se développe, les connaissances s’étendent et, dans la mesure où les outils apparaissent à l’homme plus durables que lui-même, émerge la conscience de la mort. Cette conscience suscite bientôt un interdit frappant le corps des défunts. À cet interdit s’en ajoutent d’autres, portant sur la sexualité, qui risque toujours de déborder sa fonction première de reproduction et de devenir violence érotique, où l’être individuel et la pensée se perdent en une expérience voisine de la mort. Voilà ce qui distingue l’homme de l’animal.

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