La notion/Fobo

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La notion/Fobo

©Kari Shea/unsplash

Cet article est issu du numéro 145 de Philosophie magazine « Plaidoyer pour la nuance (quand tout le monde veut en découdre) », en kiosque le 03 décembre 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Vous ne pouvez vous empêcher de vérifier à tout instant que votre téléphone est en mode « muet » lors de réunions à distance ? Alors, vous êtes peut-être victime de Fobo, ou « peur d’être en ligne », une notion forgée par la web designer Holly Allen pour qualifier notre « besoin constant de vérifier […] que l’on ne peut nous voir ou nous entendre ». Y compris quand nous n’avons rien à nous reprocher. La Fobo est une forme de paranoïa à laquelle la généralisation du télétravail donne une force nouvelle. Le cas de Jeffrey Toobin, chroniqueur mis à pied du New Yorker pour s’être filmé à son insu en train de se masturber en pleine visioconférence, n’a rien arrangé. Comment expliquer cette peur souvent irrationnelle ? Comme l’explique Glaucon dans la République de Platon, avec l’allégorie de l’anneau de Gygès qui rend invisible son propriétaire, nous savons bien que nous ne sommes pas les mêmes que nous soyons observés ou non : « S’il existait deux anneaux de cette sorte, et que le juste reçût l’un, l’injuste l’autre, aucun, pense-t-on, ne serait de nature assez adamantine [de diamant] pour persévérer dans la justice et pour avoir le courage de ne pas toucher au bien d’autrui. » Et ainsi nous craignons qu’autrui ne découvre qui nous sommes lorsque nous nous croyons à l’abri des regards.