Motifs cachés
Communication magique
© Oriane Safré-Proust / Valerie Oualid
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 139 de Philosophie magazine « 139 - juin 2020 », en kiosque le 13 mai 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Nous avons tous ressenti un léger trouble quand nous nous sommes mis à utiliser des applications de visioconférence : n’est-ce pas que nous avions, comme les premiers usagers du téléphone, l’impression d'avoir affaire à un jeu ?
Le Mot et l’Image, c’était le titre, autrefois, de mon livre de lecture. Cet ouvrage destiné aux écoliers a traversé les années et, à part une évolution du design et des illustrations, il n’a pas beaucoup changé. Curieusement, ce souvenir et cette formule – « le mot et l’image » – n’arrêtent pas de me revenir à l’esprit chaque fois que j’utilise l’une de ces applications – Skype, Zoom, Houseparty, Microsoft Teams – qui permettent de voir plusieurs interlocuteurs simultanément.
Je suis bien obligée d’avouer que, lors de ces réunions en ligne, une grande partie de mon attention est happée par l’image plutôt que par les mots. Ou plutôt par la mosaïque d’images où chacun apparaît sur un fond curieusement ressemblant, mur blanc, bibliothèque dans un angle, lampe de bureau. Sans compter ma propre icône minuscule que je ne peux m’empêcher de vérifier de temps en temps comme un reflet gênant dans une vitre. L’effort de concentration que je dois fournir est bien supérieur à celui d’une simple conversation téléphonique : l’image l’emporte sur les mots.