Cinéma
“La Petite Dernière” : première foi
“La Petite Dernière”. © 2025 June Films/Katuh Studio/Arte France/mk2 Films
Dans le dernier long-métrage de Hafsia Herzi, La Petite Dernière, foi (musulmane) et désir (homosexuel) sont conciliables : le personnage principal, Fatima, est la preuve que oui. Mais il s’agit plutôt de comprendre comment naviguer entre ses différentes identités… La critique d’Ariane Nicolas, enthousiasmée par ce « frisson lesbien ».
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« Fatima habite avec ses parents et ses deux sœurs dans un immeuble de la banlieue parisienne. Bonne élève, d’origine algérienne – ou peut-être égyptienne, son discours varie –, la benjamine entre à l’université, où elle s’oriente vers la philosophie. À un âge où les possibles s’ouvrent, l’étudiante se découvre une attirance pour les femmes, qu’elle suit courageusement, en dépit de sa foi. Musulmane pratiquante, Fatima sait en effet que sa religion interdit les rapports homosexuels et qu’elle s’expose au rejet farouche de son entourage. Dans La Petite Dernière, adapté du roman éponyme de Fatima Daas, Hafsia Herzi montre une histoire jamais portée à l’écran. Si des personnages maghrébins queer ont déjà existé, et que la réalisatrice en a elle-même filmé dans son premier long-métrage Tu mérites un amour (2019), ils étaient généralement masculins et devaient surtout s’être émancipés de la religion. Ici, point de contradiction entre les deux. La question n’est pas de savoir si foi et désir sont conciliables : Fatima est la preuve que oui. Il s’agit plutôt de comprendre comment naviguer entre ses différentes identités, à la fois familiale, intellectuelle, sociale. D’un tempérament réservé, Fatima, qui aime jouer au foot toute seule, ne prononce jamais le mot “islam”. Lors de ses rendez-vous amoureux, facilités par les applis de rencontre et ses nouvelles fréquentations, elle commande une eau pétillante plutôt qu’une bière, façon de dire à mots couverts la complexité de sa situation. Reconnaît-elle ses difficultés dans la notion de “servitude volontaire” de La Boétie, développée par l’un de ses professeurs de fac ? N’est-elle pas aliénée par la religion, forcée de choisir entre les différentes expressions de son Moi ? L’idée ne semble pas l’effleurer. Quand son secret lui pèse trop, par exemple lors d’une discussion avec un imam (sans doute la meilleure scène du film), Fatima ne se révolte pas. Elle pleure. Mais ses larmes ne sont pas synonymes de reniement. Elles appellent avant tout la compassion – ou ce qui, en religion, se nomme miséricorde. »
La Petite Dernière, film de Hafsia Herzi, avec Nadia Melliti, Ji-Min Park, Amina Ben Mohamed. Actuellement au cinéma.