Dossier/“Comment bien se disputer ?”

“La polarisation a besoin de carburant, et les discours sur l’identité sont un bon combustible” Entretien avec Bart Brandsma

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“La polarisation a besoin de carburant, et les discours sur l’identité sont un bon combustible” Entretien avec Bart Brandsma

Personnes rassemblées devant le bâtiment de Sciences Po à Strasbourg, le 22 février, en hommage à l’étudiant néofasciste Quentin Deranque, décédé après une rixe avec des militants d’extrême gauche le 12 février. © Jean-Marc Loos/L’Alsace/Maxppp

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Cet article est issu du numéro 198 de Philosophie magazine « Comment bien se disputer ? », en kiosque le 26 mars 2026. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Le philosophe Bart Brandsma a fait de la « polarisation » le sujet de sa réflexion – dans La Société polarisée (Payot, 2025) – mais aussi un outil conceptuel pour désamorcer les conflits. Formateur auprès de collectivités et d’acteurs de terrain, il explique sa méthode pour faire descendre la pression. 

 

Comment la notion de « polarisation » vous est-elle venue ? 

Bart Brandsma : L’idée a surgi alors que je travaillais comme journaliste à la Société néerlandaise de radiodiffusion musulmane, où j’ai été classé parmi les « non-musulmans », comme s’il n’y avait que deux types de personnes. En tant qu’ancien étudiant de philosophie politique, j’ai voulu comprendre la nature de cette dynamique. On pourrait remplacer le terme de « polarisation » – moralement neutre – par « pensée du nous contre eux ». Le phénomène n’est pas nouveau, il est déjà présent dans Bible, notamment à travers la figure du bouc émissaire. Mais il a pris une ampleur inédite avec les réseaux sociaux.

 

“La beauté du conflit est qu’il est visible”

Quelle différence faire entre le conflit et la polarisation ? 

La beauté du conflit est qu’il est visible, qu’il se déploie dans un temps et dans un lieu définis. Quand les agriculteurs manifestent sous la tour Eiffel avec leurs tracteurs, il est possible d’identifier des « propriétaires du problème » : les manifestants, la police, le maire… De tels conflits sont « gérables ». La polarisation, elle, n’a ni temps ni lieu. Elle est une construction mentale, qui n’implique personne directement. Une forme de pensée « nous contre eux » appliquée à ce cas concret pourrait être de souligner l’opposition entre la ville et la campagne ou entre le peuple et les élites. La polarisation a besoin de carburant, et les discours sur l’identité sont un bon combustible. Mais elle se nourrit aussi des conflits. Récemment, la mort de Quentin Deranque a ainsi accentué la polarisation entre l’extrême droite et l’extrême gauche, renvoyées dos à dos dans les médias et la sphère politique.

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