La rapacité a la cote
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 18 de Philosophie magazine « 18 - avril 2008 », en kiosque le 27 mars 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ébranlée par les scandales, la finance renvoie à la société un miroir inquiétant. Lorsque l'avidité est érigée en valeur suprême, elle déchaîne des aspirations incontrôlables.
Un courtier amasse des positions pour 50 milliards d’euros, fait trembler les marchés et coûte 4,9 milliards à sa banque. Réaction immédiate : les systèmes de mesure des risques et de surveillance des opérateurs doivent être renforcés. Et si ce scandale révélait non pas le manque de contrôle mais le déchaînement d’aspirations incontrôlables à l’œuvre dans la société de marché, dans notre société ?
Exceptionnelle, cette affaire met au jour le modèle de fonctionnement qui tend à s’imposer à nos sociétés : celui de la convoitise infinie. D’autres sociétés avant la nôtre s’attachaient à prévenir les passions et, surtout, à élever contre la convoitise les remparts de la bienséance, des usages et du contrôle social. Chacun sait la prévention que l’Église catholique nourrissait contre l’accumulation privée, au point de conseiller aux premiers bourgeois enrichis d’expier leur richesse en en léguant la plus grande part à ses œuvres. Les révolutionnaires de 1789 se méfiaient des rapports ambigus entre l’argent et la vie, au point d’interdire l’assurance vie, créée en France par Louis XVI. La République jugeait immorale toute opération fondée sur la durée de la vie humaine : nul ne peut jouer avec les décrets de la providence. Tout n’est pas sujet à jeu et à profit.