La révolution ou la réforme ?

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Cet article est issu du numéro 41 de Philosophie magazine « 41 - été 2010 », en kiosque le 01 juillet 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Muter ? Oui, mais comment ? Là où Sartre nous engage à une « morale de l’action », son contemporain Merleau-Ponty considère les ressources de la « passivité ». Et nous ouvre à la logique de la répétition générale de l’événement à venir.

On connaît la conférence « L’existentialisme est un humanisme » que Sartre a donnée en 1945. Et pour cause : elle a singulièrement stressé les esprits. Que disait de si décisif l’auteur des Chemins de la liberté ? Qu’« il n’y a pas de nature humaine, puisqu’il n’y a pas de Dieu pour la concevoir ». Ainsi « l’homme est […] non seulement tel qu’il se conçoit, mais tel qu’il se veut […] ». C’est donc être « un lâche » que de trouver des excuses aux passions qui en nous contredisent notre projet. Car « l’homme n’est rien d’autre que ce qu’il fait », assène-t-il. Sartre popularise ainsi une magnifique philosophie du grand saut dans le vide : une invitation à ignorer ses freins inconscients et à se tenir responsable de ses actes. De fait, si l’existentialisme a trouvé un si fort écho durant les Trente Glorieuses, c’est que l’époque était à la rupture. De l’affirmation de l’American Way of Life au combat politique révolutionnaire, le philosophe de L’Être et le néant sténographie l’esprit du temps tout en proposant une théorie volontariste du sujet. Nombre d’activistes de la génération 68 l’ont entendu qui larguent les amarres et partent à l’aventure – politique, artistique ou champêtre – avec quelques impressionnantes réussites, mais aussi beaucoup de destins gâchés ou fracassés.

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