La révolution TED
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Cet article est issu du numéro 130 de Philosophie magazine « Plaire, émouvoir, convaincre. L’art de l’éloquence », en kiosque le 29 mai 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Ces conférences publiques diffusées sur Internet connaissent un immense succès. Elles font intervenir des penseurs, des entrepreneurs et autres showmen qui y rivalisent d’“idées pour changer le monde”, dans un format à mi-chemin entre la confession et le numéro de stand-up. Plus habitués au débat argumenté, les philosophes peuvent-ils y trouver leur place ?
Commençons par les chiffres. Les conférences « TED » (pour « Technology, Entertainment and Design », « technologie, divertissement, design »), ce sont 14 milliards de vues sur Internet depuis leur lancement, aux États-Unis, en 2002. Et 100 000 demandes de places (pour 3 000 fauteuils) lors de la dernière édition parisienne. Ce sont des prestations de dix-huit minutes au plus, données sur scène avant d’être diffusées sur le Web et auxquelles se sont déjà livrées, aux quatre coins de la planète, plus de 130 000 personnes. Et c’est un slogan : « Des idées pour changer le monde » (« Ideas worth spreading » en VO, soit « des idées dignes d’être diffusées »).
Bref, les « TED talks », c’est l’un des phénomènes culturels globaux les plus saillants de l’époque : la promesse d’un shot d’intuitions neuves et fortes, délivrées en mode stand-up par des scientifiques ou des artistes, des inventeurs ou des aventuriers, des businessmen ou des politiques, des gens ayant vécu des expériences de vie extraordinaires. Et en France ? C’est d’abord une nouvelle école d’éloquence.
Quand il y a dix ans, l’entrepreneur Michel Lévy-Provençal a importé le format TED, il avait surtout en tête « ce mélange captivant de gens qu’on ne voyait jamais dans les médias : sur scène se succédaient un neuroscientifique, un spécialiste de robotique ou un ex-enfant soldat qui avait connu une résilience miraculeuse. Notre curiosité était attisée, et on ressortait de là avec des liens inattendus sur la société en train de s’inventer ».
Reste qu’au bout de deux éditions confidentielles à Paris, il a dû se rendre à l’évidence : le sens du spectacle que les Américains semblent cultiver naturellement, les Français en étaient cruellement privés – et dans la salle, ça s’ennuyait un peu. « Nous avons compris qu’il allait falloir préparer nos intervenants », avoue Michel Lévy-Provençal. À chacun, un programme exigeant est alors imposé : pas moins de sept répétitions au cours desquelles le texte de chaque intervenant est, avec l’aide d’un coach, réécrit sans relâche pour être affiné, simplifié, imagé. Et qu’ainsi le simple message se métamorphose en une belle histoire.