« La science ne pense pas »
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 40 de Philosophie magazine « 40 - juin 2010 », en kiosque le 27 mai 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Martin Heidegger. Cours de 1951-1952, repris dans Qu’appelle-t-on penser ? et dans Que veut dire “penser” ? Essais et conférences (1954)
Martin Heidegger en six dates
- 1889 Naissance à Messkirch (Allemagne).
- 1923 Assistant d’Edmund Husserl, nommé professeur à l’université de Marbourg.
- 1927 Parution d’Être et Temps, le grand ouvrage de sa « première manière ».
- 1933 Recteur de l’université de Fribourg, il prend des options nationales-socialistes, puis démissionne.
- 1964 La Fin de la philosophie et la tâche de la pensée, une des conférences les plus significatives de sa « seconde manière », accordant une place centrale au « dire » poétique.
- 1976 Mort à Fribourg-en-Brisgau.
Cette phrase – péremptoire, voire choquante – prononcée par Heidegger dans son Cours du semestre d’hiver 1951-1952 : « La science ne pense pas » a provoqué de nombreux commentaires. Certains y ont vu un symptôme de l’« irrationalisme » de son auteur ; d’autres, de son caractère « fermé ». Tous feraient bien de regarder de plus près l’argumentation qui accompagne cette assertion. Que la science ne pense pas n’est pas, aux yeux de Heidegger, l’indice de son infériorité face à la philosophie. C’est, au contraire, un « avantage » : pour Heidegger, les sciences sont efficaces parce que « bornées » (au sens de limitées). N’interrogeant jamais les présupposés de leurs relations aux objets, elles travaillent à l’intérieur de représentations qui ne viennent pas d’elles, mais de grands choix antécédents. Si l’on peut en étudier les effets, personne n’a ainsi jamais vu de « force », notion pourtant centrale de la mécanique classique, mais qui ne dérive pas de l’observation. Bref, il s’agit bien là d’une hypothèse métaphysique.