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Grandeur et décadence de l’empire Facebook
Mark Zuckerberg, PDG de Meta, assiste à l'audition de la commission judiciaire du Sénat américain sur “Les grandes technologies et la crise de l’exploitation sexuelle des enfants en ligne” à Washington, D.C. (États-Unis), le 31 janvier 2024. © Brendan Smialowski/AFP
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Mark Zuckerberg imperator ? Si le fondateur du plus grand réseau social au monde est un admirateur de la Rome antique, il ne règne pas sur un immense territoire mais sur les données personnelles de milliards d’individus. Comment a-t-il tissé sa toile ? Réponses avec Julien Le Bot, qui signait en 2019 Dans la tête de Mark Zuckerberg (Solin-Actes Sud).
En 2004, Mark Zuckerberg est arrivé dans la Silicon Valley avec un cri de guerre, quasi prophétique, qui a marqué les esprits à Palo Alto : « Domination ! » Et le pire, c’est que ça a marché : en quelques semaines, la première version du site TheFacebook.com a suscité un tel barouf que les capital-risqueurs de la vallée californienne n’ont pas tardé à montrer le bout de leur chéquier à cet entrepreneur prodige en claquettes…
De l’argent, Mark Zuckerberg en avait grand besoin : il lui a fallu déployer des trésors d’ingéniosité et recruter les meilleurs (notamment au Persuasive Tech Lab de Stanford, dirigé par un expert en captologie – l’étude de l’informatique et des technologies numériques comme outil d’influence –, B. J. Fogg) pour développer un site capable d’encourager les internautes à céder, sans trop y regarder, voire sans s’en rendre compte, leurs données personnelles ! Une performance assez hallucinante, si l’on se rappelle combien il était rare avant cette époque de publier des photos ou des détails de sa vie privée.
« Paul a publié une photo de vous », « Inviter mes contacts » ou « Virginie vous a invité à sa pendaison de crémaillère » : les équipes de Facebook ont tout fait pour que le réseau social s’immisce dans nos existences et dans nos agendas. C’est ce qui a permis à Mark Zuckerberg de déclarer à la face du monde, en 2010, que la « vie privée » n’était plus une norme sociale. Il n’avait pas tout à fait tort : deux ans après son lancement, Facebook comptait un milliard d’utilisateurs. De quoi permettre au réseau social d’entrer en Bourse… et à son fondateur de voir sa fortune atteindre la stratosphère.