Cinéma/Masochisme
“La Vénus à la fourrure”: jouer à être esclave, pour devenir le maître
Mathieu Amalric et Emmanuelle Seigner dans La Vénus à la fourrure de Roman Polanski © Guy Ferrandis / Mars distribution
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Cet article est issu du numéro 75 de Philosophie magazine « 75 - décembre 2013, janvier 2014 », en kiosque le 28 novembre 2013. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
En adaptant “La Vénus à la fourrure” de Sacher-Masoch, Roman Polanski ne signe pas un film érotique, mais une méditation brillante sur la dialectique.
Il manque un « H ». Quand, lors du travelling qui ouvre La Vénus à la fourrure, la caméra de Polanski se pose sur la façade du Théâtre Hébertot, non loin de Pigalle, où va se dérouler l’ensemble du film en huis clos, on s’aperçoit qu’il manque le « H » à « T ÉATRE » inscrit sur le fronton. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?
Il est possible que ce « H » manquant soit celui du mot « Homme ». À l’origine, La Vénus à la fourrure est un roman publié par l’Autrichien Leopold von Sacher-Masoch en 1870. C’est sur le nom de Masoch que le psychiatre Krafft-Ebing a formé le terme de « masochisme » quinze ans plus tard. Et, en effet, tous les romans de Sacher-Masoch reposent sur une transgression de la domination masculine : le héros, un homme, y implore son amante de lui infliger des mauvais traitements psychologiques et physiques… Le masochisme soft des Cinquante Nuances de Grey est plus conformiste que Sacher-Masoch, en tant qu’il remet la femme dans une posture de soumission amoureuse. Moins banal, Polanski va, au cours de la progression dramatique de son film, dépouiller son héros Thomas (Mathieu Amalric) de tous les attributs de la virilité, au point qu’il finira grimé en femme.