Entretien

“L’administration Trump est en train de redéfinir sa conception des droits humains”

Temps de lecture : 7 min

“L’administration Trump est en train de redéfinir sa conception des droits humains”

Washington, D.C. (États-Unis), le 26 août 2025. Le président américain Donald Trump (à dr.) et le secrétaire d’État et chef de la diplomatie américaine Marco Rubio, à la Maison-Blanche. © Mandel Ngan/AFP

Cet article est réservé aux abonnés.

Comme chaque année, le département d’État américain a publié un rapport sur la situation dans tous les pays du monde. Pour Valentine Zuber, historienne et autrice du livre Les droits humains, qu’est-ce que ça change ? (Labor et Fides, 2025), la dernière version n’a jamais été aussi orientée idéologiquement, rompant ainsi avec une doctrine internationale lentement élaborée depuis 1948.


 

Comment interprétez-vous cette redéfinition des droits humains par l’administration américaine ?

Valentine Zuber : Le rapport du gouvernement américain utilise toujours le langage des droits humains : nous y retrouvons toutes les sections relatives au fonctionnement de la justice, aux droits des travailleurs ou encore à la protection des enfants. Pourtant, par rapport aux versions des années précédentes, un tri entre les différents droits a été opéré. Par exemple, la sécurité devient plus importante que les arrestations arbitraires. Amnesty International en avait ainsi documenté des cas, en particulier au Salvador, mais le département d’État américain écrit tout de même qu’il n’a pu s’appuyer sur « aucun rapport crédible faisant état de violations significatives des droits de l’homme ». Nous pouvons également noter une survalorisation de la défense de la liberté d’expression des individus, faisant écho aux déclarations du vice-président des États-Unis J. D. Vance qui pointait, lors de son discours à Munich en février 2025, la mise en danger de la liberté d’expression en Europe. Selon le rapport, le respect des droits humains se serait ainsi dégradé en Allemagne à cet égard pendant l’année 2024.

 

Comment l’expliquer ?

Dans une certaine mesure, les États-Unis sont déterminés par leur philosophie politique qui considère que les droits doivent surtout protéger les citoyens américains contre un État potentiellement intrusif. En Europe, nous aurions plutôt tendance à penser que c’est précisément l’État qui doit garantir les droits individuels. C’est ainsi que l’on peut comprendre cette critique de la restriction de la liberté d’expression en Europe, même pour des discours de haine à l’égard des immigrés ou des minorités sexuelles. Toute réglementation est ainsi assimilée à de la censure. Ensuite, ce déterminisme historico-culturel ne doit pas cacher que le gouvernement américain fait aussi valoir ses propres lignes idéologiques. S’il attaque l’Allemagne, c’est parce qu’il vise en particulier la restriction de la propagande d’extrême droite, et plus largement l’Union européenne qui a fait beaucoup d’efforts ces dernières années pour lutter contre la haine en ligne, en imposant notamment de lourdes amendes aux géants américains du numérique lorsqu’ils ne modèrent pas suffisamment les contenus diffusés sur leurs plateformes. Sans le dire explicitement, le rapport américain sur les droits humains est aussi une façon de contre-attaquer la politique de Bruxelles vis-à-vis des Gafam.

Cet article est réservé aux abonnés