Exposition Praxitèle, au musée du Louvre jusqu’au 18 juin 2007
L’âme à nu
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Cet article est issu du numéro 9 de Philosophie magazine « 9 - mai 2007 », en kiosque le 26 avril 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le musée célèbre le sculpteur grec. Et si l’inventeur du nu féminin avait inspiré la pensée platonicienne de l’amour et de la beauté ?
De Praxitèle, le plus célèbre sculpteur grec du IVe siècle avant J.-C., il ne nous reste aucune œuvre originale. Ses statues ont pourtant marqué leur époque et nourrissent encore notre imaginaire. Praxitèle est le premier à avoir imaginé et réalisé une figure totalement nue, l’Aphrodite de Cnide. Le pèlerinage qu’ont effectué, au IIe siècle après J.-C., le satiriste Lucien de Samosate et deux amis, à son sanctuaire, laisse encore transparaître leur émotion. L’un deux s’exclame : « Que ce dos est bien proportionné ! Que ces flancs charnus offrent une agréable prise ! Comme ces chairs s’arrondissent avec grâce ! […] Mais qui pourrait exprimer le doux sourire de ces deux petits trous creusés sur les reins ? » On raconte d’ailleurs aux visiteurs qu’un jeune homme tomba amoureux de la déesse et laissa une trace coupable sur sa cuisse. Praxitèle, comme l’explique Alain Pasquier, un des commissaires de l’exposition, est aussi réputé pour avoir su restituer la tiédeur et le moelleux de la peau que pour avoir pris comme modèle la courtisane Phryné. On rapporte qu’elle gagna un procès en laissant son défenseur dénuder sa sculpturale beauté : les juges ne voulurent pas que l’on condamnât cette image divine. C’est dire si l’art du sculpteur soulève la question du désir et de la beauté du corps, et surtout de leur rapport aux dieux que les statues sont censées représenter.