Gérard Genette / Marcel Duchamp. Un art de l’idée
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 25 de Philosophie magazine « 25 - hiver 2008 », en kiosque le 04 décembre 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans L’Œuvre de l’art, le théoricien Gérard Genette cherche à définir la singularité du ready-made. Le Porte-bouteilles, de Marcel Duchamp, diffère selon lui d’une sculpture ou d’un poème : ce n’est ni un objet matériel ni un individu idéal, mais un concept.
Ça une œuvre d’art ? ! Il n’est pas rare d’entendre une telle exclamation devant la réplique du Porte-bouteilles de Marcel Duchamp au musée Maillol, à Paris. Certains visiteurs examinent d’un air dubitatif cette œuvre que son auteur a surnommée, non sans humour, « le hérisson ». Exposé dans un musée, l’objet ne manque certes pas de piquant. Quel vendeur du Bazar de l’Hôtel de Ville aurait pu prévoir que ce banal séchoir à bouteilles, que l’artiste a acheté et installé dans son atelier en 1913 ou 1914, ferait tant de bruit dans le monde de l’art ? La création de ce premier ready-made, objet « tout fait » promu œuvre d’art, bouleverse la théorie esthétique et marque la naissance de l’art conceptuel.
Théoricien de la littérature que son esprit analytique, son génie du classement et son goût pour les arts ont conduit vers la philosophie anglo-saxonne, Gérard Genette s’interroge, dans L’Œuvre de l’art, sur la nature de cet étrange objet. Au fil d’une réflexion sur les modes d’existence des œuvres d’art, il s’efforce de définir la singularité du ready-made par rapport aux œuvres traditionnelles.