Entretien

Gérard Noiriel : “Obéir et reconnaître le pouvoir d’État, c’est payer l’impôt”

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Gérard Noiriel : “Obéir et reconnaître le pouvoir d’État, c’est payer l’impôt”

Gérard Noiriel en 20219. ©Julien Lienard pour PM.

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Co-auteur d’un documentaire Arte en deux volets sur l’histoire des impôts, Gérard Noiriel saisit dans l’évolution des taxes des tournants historiques, politiques et culturels. Entretien.

 

Dans la théorie politique, on associe peu les concepts de peuple ou de nation avec l’impôt. Est-ce que nous sous-estimons la portée politique des taxes ?

Gérard Noiriel : L’impôt est profondément politique. Ce que j’ai montré dans Une Histoire populaire de la France (Agone, 2018), c’est qu’il instaure un rapport objectif entre les gouvernés et les gouvernants. L’impôt, c’est le lien matériel qui structure le peuple. C’est à partir du moment où le pouvoir royal impose à ses sujets de payer des taxes et un impôt direct (la taille) qu’une population vivant sur un même territoire devient un peuple. L’impôt concrétise cette relation commandement-obéissance qui définit le pouvoir souverain selon Max Weber. Obéir et reconnaître le pouvoir d’État, c’est payer l’impôt. À l’inverse, ne pas consentir au pouvoir, c’est très souvent résister à l’imposition ou la contester, comme le montrent les luttes populaires dans l’histoire moderne, de la révolte des croquants aux Gilets jaunes en passant par les bonnets rouges.

“L’impôt est le lien matériel qui concrétise le rapport entre le peuple et ses gouvernants” Gérard Noiriel

 

L’État moderne se définit donc par sa faculté de prélever ?

Oui, mais il faut quand même rappeler que jusqu’à la Révolution française, l’État royal n’est pas le seul à taxer. Il y a la dîme de l’Église ou encore les impôts seigneuriaux, très impopulaires. À partir du XVe siècle, la conquête de la souveraineté royale et étatique se fait par la marginalisation progressive de tous les impôts qui ne sont pas royaux. Jusqu’au XIVe siècle, les rois de France se financent encore principalement grâce à leur domaine : une propriété foncière et agricole qui génère les revenus du budget de l’État. Mais les guerres coûtent cher. Ainsi, se mettent en place les deux piliers de l’État moderne : l’impôt finance les soldats, qui contraignent en retour les citoyens à payer leurs taxes.

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