Hors-série "Philosophie du réchauffement climatique"

Écologie ou économie : qui commande ?

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Cet article est issu du Hors-série n°n°46 de Philosophie magazine « Philosophie du réchauffement climatique », en kiosque le 23 juillet 2020. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

En 1944, l’économiste Karl Polanyi pointait le processus libéral qui, au XIXe siècle, émancipa l’économie de tout contrôle étatique. Or la régulation de l’économie est aujourd’hui devenue impérieuse face aux menaces sur l’écosystème. Michel Olivier formule ainsi le dilemme : l’économie doit-elle avoir le pas sur l’écologie ? L’urgence de la crise environnementale doit-elle commander les choix économiques ?

 

Pourquoi l’évidence empirique du dérèglement climatique et l’évidence pratique qui en découle – la nécessité de modifier nos styles de vie – semblent-elles demeurer abstraites pour chacun d’entre nous ? C’est une des questions que pose la crise environnementale actuelle. Nous sommes comme embarqués dans un processus collectif que nous pilotons, que nous désirons infléchir, et pourtant, nous nous sentons impuissants. Comme si notre vie économique de producteur et de consommateur, à la racine du problème, nous échappait.
 

Cette idée d’une vie économique en roue libre, autorégulée, tel un processus froid, anonyme et indiffèrent, incapable de se soumettre à une nécessité non économique venue de l’extérieur, n’est pas nouvelle. Karl Polanyi [1886-1964], en particulier, l’a abordée, au milieu du XXe siècle, à travers la notion de « désencastrement ». Pour l’économiste austro-hongrois, nous vivons dans un monde radicalement transformé par la Révolution industrielle. L’apparition de la machine, financée par des investissements lourds amortis sur le long terme, a rendu nécessaire de sécuriser les circuits économiques. En libérant l’économie de ce qui pouvait la contraindre et la ruiner, en la libérant en particulier du politique.
 

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