Francis Wolff : “Un mouvement antipolitique ou la réinvention d’un ‘nous’ ?”

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Francis Wolff : “Un mouvement antipolitique ou la réinvention d’un ‘nous’ ?”

Francis Wolff (cc) Wikimedia Commons / Marieclavier

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Cet article est issu du numéro 126 de Philosophie magazine « Qu’est-ce qu’une saine colère ? », en kiosque le 10 janvier 2019. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les gilets jaunes ? Un mouvement « anti », pour Francis Wolff, sans conscience de classe ni volonté de structuration, et qui risque de nous faire sombrer dans un climat de « guerre civile froide », à la merci de la moindre passion numérique. À moins que les liens qui se sont tissées sur les ronds-points n’accouchent d’une redéfinition du mot « collectif ».

La France péri-urbaine, pavillonnaire, cliente des centres commerciaux, celle qui travaille dur et gagne peu, celle qui n’est pas assez pauvre pour intéresser les plans pauvreté et qui n’est pas assez riche pour s’en sortir avec dignité, celle qui n’a jamais défilé avec les fonctionnaires ou la Manif pour tous, décida un jour d’exprimer sa colère contre la taxation du diesel en bloquant les carrefours et en occupant les ronds-points. La droite applaudit : révolte fiscale, dit-elle. La gauche suivit : justice sociale, affirma-t-elle. L’extrême droite y vit le réveil des « petits blancs » abandonnés par la mondialisation. L’extrême gauche diagnostiqua l’insurrection qui vient. Et tous se mêlèrent au mouvement en soufflant sur les braises. Tous avaient pour cela de bonnes raisons puisque les « revendications » étaient mouvantes et contradictoires : plus d'État, moins d'État ; plus de dialogue, pas de dialogue, etc. Tous se trompaient cependant, parce que la nature profonde de ce « mouvement », liée à l’époque, leur échappait. Il est antipolitique – il est animé par l’empire des « droits subjectifs » sans limite ni mesure. Il est anticollectiviste – c’est une révolte classiste sans conscience de classe et hors du cadre de la production. Il est antihiérarchique – il dépend des réseaux sociaux et de leur fausse horizontalité « égalitariste » (discours de haine, théories complotistes, infox, etc.)

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