Tribune

Francis Wolff : “Je suis en colère contre les ‘antivax’, qui accroissent l’irrationnalisme et l’anti-humanisme”

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Francis Wolff en 2019

Francis Wolff en 2019. © Julien Faure/Leextra via Leemage

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Critiquée de toutes parts, la vaccination reste, pour le philosophe Francis Wolff, « la meilleure des médecines, non seulement la plus efficace et la plus économique mais aussi la plus maligne : elle consiste à utiliser les armes de la nature contre elle-même, à prévenir le mal par le mal en le retournant en bien. » La découverte de son fonctionnement a changé le cours de l’histoire : et si la notion de progrès n’a pas la cote aujourd’hui, il s’agit pourtant d’une avancée majeure. Alors, pour Wolff, pourquoi se priver d’un progrès de la raison ?

 

« Je me ferai évidemment vacciner dès que possible. Et si je suis opposé à l’obligation vaccinale, c’est pour les conséquences contre-productives que cette obligation pourrait avoir – en renforçant la méfiance vaccinale des populations. Sur le principe, je suis pour que tout le monde se fasse vacciner car c’est la condition pour que cela marche. Mais je voudrais commencer, avant toute argumentation rationnelle, par livrer ma motivation subjective dans cette affaire. C’est peut-être étrange, mais c’est d’abord la honte qui me motive. La honte de vivre dans le pays qui se vante d’avoir produit les Lumières contre les superstitions et d’avoir inventé la vaccination avec Pasteur, qui a un des meilleurs systèmes de santé, et qui est pourtant le pays le plus méfiant par rapport à la vaccination – à l’heure où on parle, plus de 60 % des Français déclarent qu’ils n’ont pas l’intention de se faire vacciner. Même si j’espère que cette proportion va s’inverser à mesure que les personnes à risque se feront vacciner, c’est très inquiétant.

La médecine vaccinale est tout de même la meilleure des médecines, non seulement la plus efficace et la plus économique mais aussi la plus maligne au sens intellectuel du terme : elle consiste à utiliser les armes de la nature contre elle-même, à prévenir le mal par le mal en le retournant en bien. C’est quelque chose d’assez extraordinaire philosophiquement. Cela me fait penser à la mètis des Grecs, l’intelligence rusée. Ensuite, mon deuxième sentiment, tout aussi négatif, c’est la colère. La colère contre ce mouvement anti-vaccin qui charrie non seulement les tendances conspirationnistes de l’extrême droite, mais qui accroit deux éléments contre lesquels je lutte depuis des années : l’irrationalisme et l’anti-humanisme. 

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