Débat

André Comte-Sponville/Francis Wolff. Préférons-nous la santé à la liberté ?

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© Peter Kovalev/Tass/Sipa USA/Sipa

Près de Saint-Pétersbourg (Russie), le 8 mars 2020, de jeunes étudiants en médecine russes sont placés en quarantaine. © Peter Kovalev/Tass/Sipa USA/Sipa

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Pour André Comte-Sponville, la pandémie du Covid-19 est moins grave qu’on le croit alors que le confinement, lui, menace l’économie et les libertés. De son côté, Francis Wolff défend l’idéal humaniste, selon lui au fondement de la réaction générale à cette épreuve. Extraits d’un débat essentiel à paraître dans le prochain numéro de “Philosophie magazine”.

De quoi avons-nous peur ? 

André Comte-Sponville : Ce qui m’a gêné, c’est d’abord la peur qui s’était emparée des médias et de l’opinion. J’ai beau être un anxieux, je n’ai jamais ressenti cette peur. Les experts évaluent le taux de létalité du Covid-19 à 0,6 ou 0,7 %. Même si ce taux est un peu plus élevé pour les gens de mon âge, je crains bien plus d’avoir un cancer, un AVC ou la maladie Alzheimer (mon père en est mort, après des années d’horreur, ma belle-mère vient d’en mourir, dans un Ehpad) ! 

 

“Quelle idée pouvons-nous nous faire de nous-mêmes si nous laissons les personnes âgées mourir ainsi ?”

Francis Wolff

Francis Wolff : Ce raisonnement se fixe sur le nombre de morts. Or, à mon sens, ce n’est pas le nombre de morts qui a effrayé, c’est l’idée d’une maladie qui progresse de manière exponentielle et risque de faire exploser les systèmes de santé.  Avec pour conséquence des milliers de personnes privées de soin, mourant dans la rue, comme en Inde aujourd’hui. Quelle idée pouvons-nous nous faire de nous-mêmes si nous laissons les personnes âgées mourir ainsi ? 

 

Le confinement, menace sur les libertés ou sursaut humaniste ? 

“Je n’ai jamais dit qu’il fallait laisser les vieux mourir sans soins ! J’ai simplement dit que je me faisais davantage de souci pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de presque septuagénaire”

André Comte-Sponville

A. C-S. : Je n’ai jamais dit qu’il fallait laisser les vieux mourir sans soins ! J’ai simplement dit que je me faisais davantage de souci pour l’avenir de mes enfants que pour ma santé de presque septuagénaire. Le confinement allait forcément avoir au moins deux conséquences très lourdes : une crise économique considérable, peut-être sans précédent (encore plus grave, disent de nombreux économistes, que celle de 1929 !), et une réduction, elle aussi sans précédent en temps de paix et en démocratie, de nos libertés. Je crains que les conséquences économiques du confinement ne fassent plus de morts, spécialement dans les pays pauvres, que le Covid-19. Et je ne suis pas prêt à accepter une prolongation indéterminée du confinement pour les plus de 65 ou de 70 ans, lesquels ne sont pas plus contagieux que les autres mais simplement plus fragiles. M’enfermer pour mon bien ? Non merci !

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