Cinéma

“L’Amitié” : Cavalier (pas) seul

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“L’Amitié” : Cavalier (pas) seul

L’amitié (affiche) © Tamasa Distribution

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Cet article est issu du numéro 169 de Philosophie magazine « Complotisme. Pourquoi se raconte-t-on des histoires ? », en kiosque le 27 avril 2023. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Privilégiant la sincérité de la rencontre plutôt que le souci formel, Alain Cavalier fait, dans son nouveau film, l’éloge de ce lien durable à travers une émouvante galerie de portraits.

 

L’amitié « est ce qu’il y a de plus nécessaire pour vivre, écrit Aristote dans son Éthique à Nicomaque. Car sans amis personne ne choisirait de vivre, eût-il tous les autres biens ». Alain Cavalier en fait la preuve par l’image avec ce nouveau film, réalisé dans la veine de ses admirables portraits, en « amateur de visages », mû par les mêmes économie de moyens et radicalité du geste. Pour se figurer ce qu’est l’amitié, il a naturellement choisi de nous en présenter trois incarnations, des modèles aux profils très différents mais qui partagent cette « simplicité rapide de ceux qui ne se racontent pas d’histoires » : Boris Bergman, parolier d’Alain Bashung, au sujet duquel un film avait été envisagé ; Maurice Bernart, le producteur de Thérèse, grand succès du cinéaste en 1986 ; enfin, Thierry Labelle, un coursier, qui a été acteur le temps d’un film, dans Libera me en 1993. Sans effet de style, préférant la conversation à la question, Alain Cavalier relâche dans L’Amitié le souci formel au profit de la sincérité de la rencontre. Filmés caméra au poing, chez eux, aux côtés de leur compagne, les amis témoignent à leur façon, libre et conviviale, du « lien sentimental » qui les attache : une forme d’amour non passionnel dans la durée, de réciprocité et de désintéressement. « Il semble bien qu’aimer soit la vertu des amis », relève Aristote, qui distingue trois types d’amitié selon qu’elle est fondée sur l’intérêt, le plaisir ou, pour la plus estimée des trois, la « vertu ». Vertueux, « ces amis-là se souhaitent pareillement du bien les uns aux autres en tant qu’ils sont bons, et ils sont bons par eux-mêmes ».

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