Idée forte

L’appât du don

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Cet article est issu du numéro 12 de Philosophie magazine « 12 - septembre 2007 », en kiosque le 23 août 2007. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Nous connaissons tous l’appât du gain. Et, comme l’a montré l’économiste Adam Smith, c’est heureux. Enfin, le bonheur du plus grand nombre passe par là. La satisfaction des envies égoïstes et des désirs de chacun permet de construire une économie viable et créatrice. L’appât du gain est le noyau d’une conception rationnelle minimale et neutre – sans jugement moral – de l’humain. Ni bon ni altruiste, l’homme est un égoïste qui poursuit ses buts. Il cherche une réponse concrète à ses désirs. Il faut partir de cet utilitarisme pour vivre ensemble, pour exaucer « l’homme commun », nous tous, ou alors on nous imposera la dictature du bien pour tous – le totalitarisme théocratique ou collectiviste. N’y a-t-il pas un rétrécissement de l’humain à ne satisfaire que son intérêt individuel ? Non, répondent les utilitaristes, car sur quelle autre valeur s’appuyer sans se montrer naïf quant à l’humaine condition ?

Les anti-utilitaristes, qui veulent réformer le libéralisme et élargir notre vision de l’homme, proposent cependant une valeur de rechange : l’appât du don. Selon eux, ce dernier constitue tout autant l’homme que son appât du gain. Sans la liberté de donner à l’autre – que ce soit la vie, le plaisir, la joie, l’amour –, sans partage ne serait-ce que symbolique, sans cette vérité et cette spontanéité du don, son émotion, sa gratuité, nous perdons notre humanité, toute signification.

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