Exposition
“Marcel Proust. Un roman parisien” : place de la madeleine
Otto Wegener, Portrait de Marcel Proust, 1895 Collection J. Polge. ©Jean-Louis Losi / Adagp, Paris 2021
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Cet article est issu du numéro 156 de Philosophie magazine « C’est quoi un bon Français ? », en kiosque le 13 janvier 2022. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Le musée Carnavalet-Histoire de Paris présente, pour les 150 ans de la naissance et les 100 ans de la mort de l’auteur d’À la recherche du temps perdu, une exposition qui met en lumière les rapports qu’entretenait Marcel Proust avec la capitale. À voir jusqu'au 10 avril.
« J’avais toujours à portée de ma main un plan de Paris qui, parce qu’on pouvait y distinguer la rue où habitaient M. et Mme Swann, me semblait contenir un trésor », écrit Proust, qui a passé sa vie dans un quadrilatère resserré sur la rive droite de la Seine, entre le parc Monceau et le bois de Boulogne. Le musée Carnavalet-Histoire de Paris lui consacre une exposition. Une kyrielle de peintures, de manuscrits et d’objets s’y déploie autour du lit et de la chambre de l’écrivain, en partie reconstituée au centre de ce parcours foisonnant. Ils dessinent par évocations et touches successives l’horizon proustien, celui dans lequel se déroule À la recherche du temps perdu. Plusieurs portraits d’artistes et d’amis, de mondains, d’aristocrates et de bourgeois, mais aussi des images de lieux et des accessoires de mode y sont présentés, qui nous invitent à nous glisser dans la peau de l’observateur et du voyeur. Car Proust fait flèche de tout bois pour alimenter ses écrits, pour brosser ces tableaux sensoriels dont le charme vient, selon ses propres mots, moins de la réalité que « de la mémoire même et de n’être pas perçus par les sens ». Au plan de la capitale alors en pleine mutation, l’auteur superpose ainsi une topographie imaginaire. Dans son univers, le Tout-Paris est contenu, reconstitué sous forme d’un « mandala » littéraire, pour reprendre l’expression de Roland Barthes. Dans une conférence qu’il consacrait à Proust en 1978, le professeur au Collège de France notait que « la chronologie ébranlée, des fragments, intellectuels ou narratifs, vont former une suite soustraite à la loi ancestrale du Récit ou du Raisonnement, et cette suite produira sans forcer la tierce forme, ni Essai ni Roman. La structure de cette œuvre sera, à proprement parler, rhapsodique, c’est-à-dire (étymologiquement) cousue ; c’est d’ailleurs une métaphore proustienne : l’œuvre se fait comme une robe ; le texte rhapsodique implique un art original, comme l’est celui de la couturière : des pièces, des morceaux sont soumis à des croisements, des arrangements, des rappels : une robe n’est pas un patchwork, pas plus que ne l’est la Recherche ». Cet art original est donc entré au musée !