La notion
Marcel Mauss, par-delà le don
Marcel Mauss (1872-1950), père de l'anthropologie française. © Costa/Leemage
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Bien sûr, Marcel Mauss (1872-1950) fut d’abord le neveu et l’héritier intellectuel d’Emile Durkheim, ainsi que le penseur du don. Mais il ne fut pas que cela. Étude de trois de ses concepts moins connus : le mana, le fait social total et la prière.
Le mana
La notion de mana est passée au crible à l’occasion de l’étude Esquisse d’une théorie générale de la magie, que Marcel Mauss publie en 1904 en collaboration avec Henri Hubert, son alter ego archéologue, alors qu’il a 30 ans et se trouve encore largement sous l’influence d’Émile Durkheim, le maître de la sociologie et de l’anthropologie françaises. Les deux amis cherchent à montrer dans cet ouvrage que la magie n’est pas qu’une affaire individuelle mais qu’elle engage des « représentations collectives » et des croyances sociales. À cet effet, ils remarquent que toutes les langues mélanésiennes (et la plupart des langues polynésiennes) utilisent ce mot : mana.
C’est la première fois que des scientifiques prennent au sérieux ce terme, que d’autres considèrent irrationnel ou jugent n’appartenir qu’aux sociétés primitives. Ils cherchent même à conceptualiser l’usage d’une notion dont la signification semble tellement large et riche qu’il s’avère difficile de lui donner un sens unique. « Le mana, écrivent-ils, n’est pas simplement une force, un être, c’est encore une action, une qualité et un état. En d’autres termes, le mot est à la fois un substantif, un adjectif, un verbe. […] Il réalise cette confusion de l’agent, du rite et des choses qui nous a paru être fondamentale en magie. »