Cinéma

L’art de Cate Blanchett

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Cate-Blanchett-Manifesto

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Cet article est issu du numéro 119 de Philosophie magazine « Le culte de la perfection. Jusqu’où s’améliorer ? », en kiosque le 26 avril 2018. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Présidente du Festival de Cannes cette année, Cate Blanchett est aussi à l’affiche d’un film, dans lequel elle joue tous les rôles: “Manifesto”. De Marx à Godard, en passant par Tristan Tzara ou Guy Debord, l'actrice donne un nouveau souffle aux manifestes qui ont marqué le siècle dernier.

Avant d’être un film, Manifesto fut une installation d’art contemporain, réunissant à travers treize écrans un florilège des manifestes du XXe siècle – une cinquantaine, de Karl Marx à Lars von Trier en passant par Guy Debord. L’artiste et réalisateur Julian Rosefeldt en a tiré un long métrage, confiant l’ensemble des principaux rôles à Cate Blanchett. L’actrice interprète une série de situations qui s’entremêlent avec un art admirable de la métamorphose, déclamant chaque fois un manifeste. Tout commence avec Philippe Soupault qui déclare : « J’écris un manifeste parce que je n’ai rien à dire. » Tristan Tzara, lui, affirme vouloir désormais « chier en couleurs diverses pour orner le jardin zoologique de l’art de tous les drapeaux des consulats ». Grimée en veuve prenant la parole lors d’une oraison funèbre, Cate Blanchett entérine ainsi la mort de la vieille esthétique du monde d’hier avec les détonnants dada. Ci-gît l’art bourgeois. Dans la peau d’un clochard, elle soutient que « dans cette période de changement, le rôle de l’artiste ne peut être que celui du révolutionnaire : il est de son devoir de détruire les derniers vestiges d’une esthétique vide et ennuyeuse ». Sous les traits d’une mère de famille conservatrice, elle livre comme une parole divine : « Je suis pour l’art qu’on fume comme une cigarette et qui pue comme des chaussures », tiré du manifeste du pop’art, signé Claes Oldenburg. Malgré une apparente hétérogénéité, faite de contrastes et d’ironie, un même courant traverse ce collage spirituel : un appel à l’action reposant sur la révolte et la colère, mais dénué de tout populisme, invitant d’abord à penser autrement. Cate Blanchett, qui préside cette année le jury du Festival de Cannes, enseigne finalement à des enfants, sous les traits d’une institutrice, que « l’art actuel tout entier est contrefaçon » et que « rien n’est original ». Une promesse pour le prochain palmarès ?

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