Le sens de la fête

Le carnaval de Dunkerque, la politique autrement

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Dunkerque (59), en février 2023

Dunkerque (59), en février 2023. © Frédéric Manzini

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« Carnaval » bat actuellement son plein à Dunkerque, au cœur des « Trois Joyeuses » qui se poursuivent jusqu’à ce mardi. De retour après les années Covid, c’est une manière concrète de vivre la politique dans la liesse populaire, loin des discours théoriques. Frédéric Manzini s’y est rendu.


 

Oubliez le carnaval de Venise avec ses pâles copies de costumes aristocratiques, ses masques qui ressemblent surtout à des faciès mortuaires et ses poses figées destinées aux appareils photo des touristes. Oubliez aussi ceux de Rio et de Nice avec leurs gros chars sur lesquels paradent des danseuses professionnelles dont les déhanchements au rythme de la samba sont un prétexte à exhiber leurs corps dénudés. Le vrai carnaval, populaire, truculent et rabelaisien, c’est bien à Dunkerque qu’il a lieu. Un carnaval auquel on n’assiste pas comme un simple spectateur mais auquel chacun peut participer activement avec quelques vêtements de récup’, un peu d’imagination et beaucoup d’esprit de fête.

© Frédéric Manzini

© Frédéric Manzini

Le carnaval de Dunkerque représente bien ce que Rousseau appelle la fête, par opposition au spectacle dans la Lettre sur les spectacles (1758) : la fête, explique le philosophe, permet de rassembler une population en rapprochant les cœurs de ses citoyens, alors que dans le spectacle, comme par exemple au théâtre, « chacun s’isole » et oublie ses proches pour ne s’intéresser qu’à ce qu’il voit. Aussi Rousseau réclame-t-il pour Genève des fêtes simples et franches, semblables à celles de Lacédémone ou à celles dont il a gardé le souvenir dans sa jeunesse. « Où est la concorde des citoyens ? Où est la fraternité publique ? Où est la pure joie et la véritable allégresse ? », s’interroge-t-il ainsi. On a envie de lui répondre : direction plein nord.

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