Russie/Discours

L’autre arme de Vladimir Poutine : la parodie carnavalesque

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L’autre arme de Vladimir Poutine : la parodie carnavalesque

(cc) Russian Presidential Press and Information Office

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Cet article est issu du numéro 83 de Philosophie magazine « 83 - octobre 2014 », en kiosque le 25 septembre 2014. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Dans ses interventions, le président russe aime à alterner saillies verbales et détournement de l’humanitarisme occidental. Jusqu’où rira-t-il ?

 

Le président russe est célèbre pour ses ruptures de ton – rappelons l’inaugural « buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes  » lancé en 1999. Ces saillies sont destinées à froisser l’oreille occidentale et à réjouir en proportion celle des ennemis du politiquement correct. L’objectif est d’installer dans les esprits l’existence d’un clivage entre les hypocrites – les Occidentaux, d’autant plus impérialistes qu’ils se disent droits-de l’hommistes – et ceux qui « appellent les choses par leur nom ». Dans son essai sur Rabelais, le théoricien de la littérature et philosophe russe Mikhaïl Bakhtine (1895-1975) souligne que cette attitude, qu’il nomme « carnavalesque », vise à renverser les hiérarchies traditionnelles. En usant de la grossièreté, Vladimir Poutine montre qu’il exprime « la vérité populaire non officielle » (L’Œuvre de François Rabelais et la Culture populaire au Moyen Âge et sous la Renaissance, Tel, Gallimard, 1970), celle du bon sens contre l’abstraction du droit (exemple : « la Crimée est russe »), de la force spontanée contre les normes officielles, du naturel, de la verve et du bon mot contre la morgue et le sérieux des donneurs de leçon.

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