Le Collège de France consacre une chaire au Coran
Statue de Guillaume Budé, humaniste français promoteur du Collège des lecteurs royaux, actuel Collège de France, dans la cour de l'Institution (cc) Wikimedia / Roi Boshi
Le Collège de France crée une chaire Histoire du Coran. Texte et transmission confiée au paléographe et codicologue François Déroche, spécialiste des textes arabes. L’institution souhaite ainsi « poursuivre une longue tradition d’études arabes » initiée avec Ernest Renan en 1857 et « ouvrir un nouveau chapitre de notre connaissance de la civilisation islamique ».
« Jusqu’à présent, la recherche a pris le parti d’utiliser des éditions dont les bases n’étaient pas scientifiques, explique François Déroche. Plutôt que de tenir leur validité pour acquise, je compte revisiter le texte coranique en tirant parti de la situation issue des recherches récentes sur la tradition manuscrite des premiers siècles de l’islam et de découvertes dont la plus étonnante a été celle du palimpseste de Sanaa, au début des années 70. Le texte du Coran, tel que nous le connaissons et qui servira de point de départ à la réflexion que je compte conduire, représente une version qui s’est imposée/a été́ imposée au détriment d’autres. »
Le professeur donnera sa leçon inaugurale le jeudi 2 avril à 18 heures. Son enseignement, réuni cette année sous l’intitulé : La voix et le calame. Les chemins de la canonisation du Coran, rejoindra celui de Thomas Römer sur les Milieux bibliques. Il débutera le 7 avril et aura lieu le mardi à 14 h 30, jusqu’au 2 juin.
« Le Coran est pris en otage »
Abdelwahhab Meddeb
Cette initiative du Collège de France répond à la nécessité de clarifier le contenu du livre sacré de l'islam, cité à tort et à travers dans le sillage des attaques terroristes de janvier. Or, comme le rappelait le regretté Abdelwahhab Meddeb dans un hors-série de Philosophie magazine consacré au Coran, qui vient d’être publié à nouveau, « le Coran est pris en otage. Autour de lui le tabou se renforce ». Comment briser ce tabou, battre en brèche nos fantasmes et défier notre ignorance sinon en allant précisément creuser et comprendre les ambiguités du texte même?
Voici donc l’ambition du Collège de France qui depuis sa fondation au 16ième siècle s’est donné pour devise « Docet omnia » (Il enseigne tout). Selon le principe du libre accès au savoir qu’il promeut, tous ses cours sont accessibles gratuitement et disponibles sur le site de l’institution.