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Le marché de la radicalisation

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Le marché de la radicalisation

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Cet article est issu du numéro 104 de Philosophie magazine « La démocratie. Ça devrait être quoi ? », en kiosque le 27 octobre 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Au XVIIIe siècle, les Lumières concevaient le fanatisme comme un emportement aveugle de l’esprit, le produit conjugué de l’ignorance, de la misère et du despotisme. Dans l’Encyclopédie, l’entrée « Fanatisme », rédigée par le chevalier de Jaucourt, le dit clairement : « L’ignorance et la barbarie introduisent la superstition, l’hypocrisie l’entretient de vaines cérémonies, le faux zèle la répand, et l’intérêt la perpétue. » De Voltaire à Kant, tous les philosophes éclairés se retrouvent pour faire de l’éducation la voie royale qui doit permettre à l’humanité d’échapper à la superstition.

Ce schéma n’est peut-être plus tout à fait pertinent. Dans un rapport publié le 5 octobre dernier, la Banque mondiale se penche sur le profil des recrues étrangères de l’État islamique en Syrie, avec un angle original : celui de considérer la radicalisation comme un « marché » où se rencontrent une offre et une demande de services. Inspirée par les travaux du prix de la Banque de Suède Gary Becker sur l’économie du crime, l’institution a passé au crible un document interne de Daech (3 800 pages !) qui fait la lumière sur le profil socio-économique des membres étrangers du mouvement pendant les années 2013-2014. En croisant ces données avec celle de la situation des pays d’origine des recrues, la Banque mondiale analyse le processus de radicalisation à partir de « l’hypothèse selon laquelle un individu décide de rejoindre les rangs d’une organisation terroriste après avoir examiné les coûts et les bénéfices ». Des bénéfices qui ne sont pas uniquement financiers : ils peuvent aussi être symboliques, comme le fait de nouer des liens de loyauté ou d’avoir le sentiment de remplir une mission.

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