Politique

Le miracle Lula a-t-il eu lieu ?

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Cet article est issu du numéro 43 de Philosophie magazine « 43 - octobre 2010 », en kiosque le 30 septembre 2010. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

Les Brésiliens votent le 3 octobre pour la succession de Lula. Au terme de deux mandats, le président a réinventé le capitalisme d’État, hissé son pays à la 8e place de l’économie mondiale et résorbé la pauvreté, au prix de quelques renoncements. Quatre intellectuels brésiliens dressent le bilan d’une petite révolution.

Adieu Lula. Le président du Brésil, élu en 2002, réélu en 2006 avec plus de 60 % des voix, quitte ses fonctions ce mois-ci. La Constitution lui interdit de briguer un troisième mandat. Luis Inácio Lula da Silva s’en va, donc, au moment où sa cote de popularité est au plus haut avec 80 % d’opinions favorables. À faire pâlir d’envie tous les chefs d’État démocratiquement élus. C’est l’une des pages les plus étonnantes de l’histoire du Brésil qui se tourne. Celle qui a vu un enfant du Nordeste, ouvrier métallurgiste devenu leader syndicaliste et politique à la tête du parti des travailleurs, prendre les rênes du pouvoir du « géant vert », cinquième pays le plus peuplé du monde, avec près de 200 millions d’habitants. L’un des cinq pays émergents qui tardait pourtant à prendre sa place dans le monde multipolaire en formation. Jusqu’à ce que ce Lech Walesa à la brésilienne, recalé deux fois à l’élection présidentielle, en butte à l’agressivité féroce des médias et de la classe dominante, s’y attelle.

Sous ses deux mandats, le Brésil a créé 12 millions d’emplois, a sorti 20 millions de personnes de la pauvreté, a fait régresser de près de la moitié la malnutrition infantile, ce qui le met en tête du peloton mondial du combat contre la pauvreté. Avec un PIB de 1 574 milliards de dollars en 2009 et une croissance de plus de 7 % prévue pour 2010, le pays est passé, en huit ans, du 17e au 8e rang dans le classement des économies mondiales. Sur la scène internationale, la percée est spectaculaire. Le Brésil a pris la tête du G20, coalition des pays du Sud, et joue désormais un rôle majeur au sein du Mercosul, de l’OMC ou de l’ONU. Le « miracle Lula », tant de fois évoqué, est-il celui d’un homme ou celui d’une politique ? On a vanté l’aura, la personnalité expansive et chaleureuse de cet homme du peuple, sa proximité avec les Brésiliens. On a également souligné sa capacité à concilier les contraires : rassurer les marchés et les investisseurs en allégeant le poids de la dette et en s’ouvrant à la mondialisation tout en lançant, dans le même temps, des politiques publiques d’envergure en faveur de la consommation, de l’éducation et de la santé. Grâce à l’augmentation du revenu minimum et à la création d’un revenu minimum pour les familles démunies (programme Bolsa Família), mais aussi à des investissements massifs dans les infrastructures, toute une classe d’exclus a accédé du jour au lendemain à des biens, des services et des emplois qui lui étaient interdits depuis lors.

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