Le sens du détail
Lula-Macron, idylle photographique
Le président brésilien Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, prend en photo son homologue français Emmanuel Macron lors de leur rencontre, à Belém, le 26 mars 2024. © Ludovic Marin / AFP
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Cet article est issu du numéro 179 de Philosophie magazine « Sexe. Où est-ce que ça coince ? », en kiosque le 25 avril 2024. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
« Lune de miel » : c’est ainsi que la presse a qualifié à plusieurs reprises les relations de Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, et d’Emmanuel Macron lors de sa visite officielle au Brésil fin mars. Tout au long de ce déplacement de trois jours, les deux hommes d’État ont en effet affiché leur complicité. Entre sympathie personnelle et enjeux diplomatiques, un cliché retient l’attention : celui du président brésilien photographiant son homologue, alors que celui-ci s’exprime à la tribune devant des journalistes, en pleine forêt amazonienne, avant de remettre la Légion d’honneur au chef indien Raoni Metuktire. Mais que fait Lula, au juste ? Essaye-t-il de garder un souvenir personnel de cette rencontre, de la documenter pour son propre album de famille ? C’est à coup sûr la fonction première de la photographie, souligne le sémiologue Roland Barthes dans La Chambre claire (1980) : « L’âge de la photographie correspond précisément à l’irruption du privé dans le public, ou plutôt à la création d’une nouvelle valeur sociale, qui est la publicité du privé. » Donc, au départ, quand on prend une photo, c’est pour qu’un événement privé soit partageable plus tard avec d’autres, qu’il devienne de quelque façon public. Mais les deux présidents participent là à un événement public et ont déjà une batterie de photographes professionnels autour d’eux. Plus probablement, si Lula sort son propre appareil, c’est qu’il veut faire croire que cet événement a aussi pour lui une valeur privée, tout en sachant que son geste – qui retourne la logique originelle de la photo – sera immortalisé !