Le plaisir d’être libre

Temps de lecture : 5 min

Cet article est réservé aux abonnés.

Cet article est issu du numéro 86 de Philosophie magazine « 86 - février 2015 », en kiosque le 15 janvier 2015. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.

« Voici un texte baigné de références antiques, dont la genèse épouse la situation politique du Périgord au XVIe siècle. Qu’a-t-il encore à nous dire, près de cinq cents ans plus tard ? Nos démocraties ne nous ont-elles pas affranchis de la tyrannie, faisant de nous des individus libres de congédier leurs dirigeants ? »

« Et pourtant, si La Boétie pouvait observer les mœurs de nos contemporains, parions qu’il jetterait sur notre époque un regard des plus pessimistes. Car les mécanismes de l’asservissement ne se sont pas éclipsés avec l’Ancien Régime : nous continuons à goûter les douceurs d’une servitude sinon volontaire, du moins allègrement consentie.

Certes, la servitude volontaire revêt aujourd’hui des atours bien différents de ceux décrits par La Boétie. Le premier changement majeur tient à la nature de la domination : celle-ci n’est plus politique, mais avant tout technologique et macroéconomique. Les nouveaux tyrans ne sont plus nécessairement des chefs d’État ; la tyrannie s’appuie désormais sur des rouages inédits, notamment incarnés par les sorciers du néomarketing : se vantant d’avoir le monde comme terrain de jeu, ces derniers explorent désormais, à l’aide des sciences cognitives, les mécanismes de notre désir de consommation. L’une des principales caractéristiques de cette nouvelle servitude tient à la généralisation des instances prédictives : chacun d’entre nous est devenu prédictible en étant réduit à un profil de consommateur. On peut désormais savoir si vous allez divorcer dans les trois ans à venir en analysant par des algorithmes vos relevés de carte de crédit… La politique des partis s’est elle-même rendue prisonnière de cet immédiat prédictif, en sondant sans relâche les intentions de vote des citoyens. En résulte une dissolution générale du sens – deuxième caractéristique de la servitude contemporaine – qui fait de nous les marionnettes d’une stratégie sans stratège.

Cet article est réservé aux abonnés