Scénario 1
Le regain des religions traditionnelles
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Cet article est issu du numéro 22 de Philosophie magazine « 22 - septembre 2008 », en kiosque le 22 août 2008. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Dans les décennies à venir, les religions constituées pourraient opérer leur grand retour sous des formes renouvelées. Le paradoxe est qu’elles doivent leur succès à ce qui peut paraître le plus archaïque : rituels, dogmes, récits, symboles, qui donnent chair au besoin de croire.
Faut-il désormais adjoindre aux dirigeants religieux classiques comme le dalaï-lama, Benoît XVI et Ali Khamenei, les grands leaders mondiaux ? Il suffit de les écouter : « La pensée des Lumières a voulu nous faire croire que le progrès irrésistible de l’humanité était synonyme d’extinction des religions […]. Quelle erreur ! » (Tony Blair). « Ce sont les religions […] qui nous ont les premières appris les principes de la morale universelle » (Nicolas Sarkozy). « La coopération entre les nations, les religions et les cultures, c’est la base de l’État russe » (Dimitri Medvedev). « Je suis sûr que Dieu parle à travers moi » (Georges Bush). Qu’ils soient ou non sincères, ces dirigeants politiques insistent sur le rôle que doivent jouer les religions pour la cohésion de sociétés menacées par la mondialisation et par l’individualisme. À travers ces propos, ils reflètent également une aspiration croissante de leur électorat. Quant à l’université d’été du Medef intitulée « Voir en grand », elle propose une table ronde consacrée à « Dieu pour point d’appui et la prière pour levier ». Et si le XXIe siècle marquait le grand retour des religions constituées, un temps éclipsées par le marxisme et le dogme républicain ?
Des liens qui réchauffent
Comment expliquer cette vitalité, à la fois sociale et intellectuelle ? On peut avancer trois raisons au succès des religions dites classiques. Tout d’abord, la religion est communautaire. À l’âge du citadin déraciné et nomade, on redécouvre que la liturgie rassemble et réchauffe les êtres. Tandis que l’athée ou le spiritualiste demeurent, au moins pour l’instant, isolés, le croyant profite de tout un dispositif qui structure son existence et la relie, suivant une des étymologies possibles du terme religion, à celle des autres : offices, fêtes, célébrations diverses, synchronisation des modes de vie, tissent un lien social dense. Ce rapport original et profond avec autrui, qui n’est pas forcément mon voisin ni mon proche, produit des configurations très diverses. Il peut donner naissance à un supplément d’identité enrichissant ou se muer en communautarisme exclusif. Il peut créer les conditions d’un dialogue solide et fructueux entre des religions à visée universelle ou mener à une instrumentalisation des religions au profit d’une fantasmatique identité culturelle en lutte contre les autres civilisations. Pour le meilleur ou le pire, l’aspect communautaire des religions représentera une donnée majeure du siècle.