Le singe descend de l’homme
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Cet article est issu du numéro 35 de Philosophie magazine « 35 - hiver 2009 », en kiosque le 29 novembre 2009. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est un coup de tonnerre scientifique et philosophique. Une révolution dans notre vision des origines de l’homme. Après avoir mûri dans la paléontologie ces dix dernières années, elle a été confirmée avec fracas par l’analyse récente d’Ardi, un squelette d’hominidé qui devait vivre en Éthiopie il y a 4,5 millions d’années. Alors que nous sommes informés des pas de géant que fait la science dans sa grande remontée du temps, nous n’avons pas encore pris la mesure de l’événement. Derrière les squelettes de Lucy, Orrorin, Toumaï et aujourd’hui Ardi, c’est pourtant la silhouette de l’ancêtre de l’humanité et le scénario de son surgissement qui se révèlent de manière surprenante. Les choses tiennent à deux traits essentiels que nous avons découverts chez notre aïeul : premièrement, il est beaucoup plus vieux qu’on le pensait, il n’a pas 2 ni 3, mais 7 millions d’années. Deuxièmement, et c’est le plus important : il marche sur deux pattes et non quatre. Loin d’être anecdotique, le point conduit en réalité à un renversement complet du schéma de l’évolution humaine.
Toujours debout
Dans le schéma classique, l’homme se redressait à la fin du parcours. Arrivait un jour où, sortant de la forêt arboricole pour rejoindre la savane, ce descendant des grands singes découvrait l’horizon du monde. Moment charnière, la conquête de la verticalité activait toutes les compétences qui font la fierté et la spécificité de l’homme (pensée, langage, technique). Comme l’explique le philosophe et préhistorien, André Leroi-Gourhan, la bipédie permanente de l’homme – distincte de la bipédie occasionnelle de l’ours et de l’oiseau – serait à l’origine de trois libérations : celle de la main pour l’outil, celle de la face pour le langage, celle de la tête pour l’intelligence. C’est ce récit de nos origines, presque trop beau pour être vrai, qui a définitivement éclaté. Avec la découverte de bipèdes vieux de 7 millions d’années, il s’avère que le redressement des hominidés a commencé beaucoup plus tôt. Avec une conséquence sidérante : si l’ancêtre le plus éloigné des hommes et des grands singes, que l’on se représentait sous les traits d’un grand singe, était en réalité bipède comme nous, alors, à l’inverse, les grands singes sont des descendants de cet ancêtre bipède qui ressemble davantage à nous qu’à eux ! Précisons d’ailleurs que les grands singes sont quadrumanes, leurs pieds sont aussi agiles que leurs mains. Or cette quadrumanie est une spécialisation tardive – les anciens primates en étaient dépourvus. Les quadrumanes ne peuvent donc avoir précédé les premiers bipèdes…