Reportage

Le stade Bauer, à Saint-Ouen : une utopie qui résiste

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Le stade Bauer, à Saint-Ouen : une utopie qui résiste

Les supporters du Red Star FC pendant le match de L2 française entre le Red Star FC et Rodez au stade Bauer à Saint-Ouen, le 28 mars 2025. ©Hugo Mathy / AFP

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Ce samedi soir, l’équipe de football du Red Star FC joue contre le FC Metz en 31e journée de Ligue 2. Mais pas à domicile, au stade Bauer de Saint-Ouen. C’est ce lieu de mémoire, centenaire, qui a intéressé notre journaliste Victorine de Oliveira. Certains ont pensé à reconstruire ailleurs la vénérable enceinte. Hors de question pour les aficionados de ce lieu à taille humaine chargé d’histoire ! Reportage.


« Le Red Star, c’est uniquement à Bauer, c’est le gardien de notre histoire, elle est gravée dans nos cœurs ! » Les soirs de match, le stade Bauer, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), résonne de chants de supporters qui célèbrent leur attachement à un lieu mythique du football français. C’est non seulement le stade mais aussi toute la rue, tout le quartier aux alentours qui vibrent de la ferveur des supporters du club à l’étoile rouge fondé en 1896. Mais en journée, ce sont plutôt les marteaux-piqueurs qui saturent l’air. Les imposantes grues jaunes du promoteur nantais Réalités signalent de loin un chantier sur lequel pèsent autant d’espoirs que d’inquiétudes, notamment depuis que les travaux ont dû faire une pause de quatre mois entre octobre et février dernier, à la suite du placement en redressement judiciaire de Réalités. 

En rénovation depuis 2021, Bauer a fait l’objet de vifs débats entre la municipalité, les riverains, l’association des supporters du Red Star, le promoteur et les architectes auteurs du projet. L’enjeu principal : maintenir Bauer à Bauer et ne pas reconstruire de toutes pièces dans un quartier excentré un stade désormais vieillissant, plus du tout aux normes pour l’évolution récente du club en Ligue 2 – le deuxième échelon du football français – et l’accueil de compétitions d’un plus haut niveau. 

 

Un « stade anomalie » ?

Car ce stade n’est pas une enceinte sportive comme les autres. Située rue du docteur Bauer, du nom d’un médecin communiste résistant fusillé par les nazis au mont Valérien en 1942, elle tient sa place depuis 1909, entre une patinoire désaffectée, un Bouillon récemment ouvert par le chef Thierry Marx – dans une ville située dans ce qu’on appelait autrefois la « banlieue rouge », ça ne s’invente pas – et une petite église en pierre de taille où la messe est célébrée tantôt en français, tantôt en portugais. Couche d’histoire supplémentaire : une des tribunes, actuellement démolie mais en cours de reconstruction, porte le nom de Rino della Negra, ancien ailier droit du Red Star, immigré italien, membre du groupe Manouchian fusillé en 1944 et récemment panthéonisé – « Il n’y a que Rino ! » chantent toujours les supporters en hommage. Des logements donnent directement sur la pelouse, et il arrive même qu’un tir mal cadré au-dessus des cages propulse le ballon par la fenêtre des habitants qui ne se privent pas, pour certains, de profiter du spectacle depuis leur appartement. 

“Bauer résiste à la tendance actuelle à transformer les stades en ‘non-lieux’, soit des espaces où les gens circulent mais ne font pas société”

Enclavé dans la ville, Bauer résiste à la tendance actuelle à transformer les stades en « non-lieux », au sens que leur donnait l’anthropologue Marc Augé (1935-2023) : soit des espaces à l’image des halls d’aéroport ou des centres commerciaux où les gens se croisent, circulent, mais ne se rencontrent pas, ne font pas société. La faute à l’architecture, directement responsable de la possibilité d’investir humainement les lieux.

© Wikimedia commons
Match de football entre le Red Star et le Racing CF au stade Bauer (appelé à l’époque stade de Paris) à Saint-Ouen, le 31 décembre 1922. © Wikimedia commons

Cette histoire et cette longévité exceptionnelle sont l’un des principaux atouts de Bauer, inextricablement lié à l’un des clubs doyens du football français. Mais cette histoire pèse aussi sur une charpente métallique qui a vieilli. Les innovations techniques des années 1920 qui en faisaient un stade aux équipements de pointe, avec un système d’anti-envahissement du terrain ou, plus tard, la possibilité de jouer en nocturne, sont devenues vétustes. Un ravalement s’impose… voire une destruction complète et une relocalisation ? Entamée au début des années 2000, la réflexion autour de la rénovation du stade connaît de nombreux atermoiements : il est autant question de faire jouer le Red Star au Stade de France que de déplacer Bauer sur les Docks de Saint-Ouen. C’est sans compter l’affection des Audoniens qui, consultés en 2020 à l’initiative du nouveau maire (PS) Karim Bouamrane, expriment leur volonté de garder le stade à son emplacement originel. La prise en compte à la fois des supporters, des habitants et des différents acteurs du chantier, dans un dialogue qui ne s’est jamais rompu malgré les divergences ponctuelles de point de vue, ont abouti au projet actuel.

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