Enquête

Le stade bonzaï du nucléaire (2/2)

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Le stade bonzaï du nucléaire (2/2)

© Bodym/iStockphoto

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Les mini-centrales atomiques ouvrent vers de nouvelles promesses technologiques et se veulent moins nocives pour l’environnement. On envisage même d’en déployer dans l’espace. Vraiment sans risque ? Voici la deuxième partie de notre enquête sur le « nouveau nucléaire ». 


 

Retrouvez ici la première partie de cet article.

 

Le développement des mini-réacteurs (SMR) n’est qu’une des facettes du « nouveau nucléaire ». Sur toutes les lèvres, l’expression porte une certaine ambiguïté et « se prête à des interprétations divergentes », souligne le docteur en philosophie et chercheur en science politique Michel Vakaloulis, auteur de Nouveau nucléaire et transition énergétique (2024). La nouveauté ne concerne pas seulement, et peut-être même pas principalement, l’émergence de nouvelles technologies, mais bien la création de nouvelles installations.

“L’expression anglaise Nuclear New Build est plus précise. Le nouveau nucléaire est le fait de développer et de construire de nouveaux réacteurs pour répondre aux besoins croissants d’énergie décarbonée. Il ne représente pas une révolution technologique par rapport au parc historique, mais désigne de nouvelles réalisations de réacteurs sur la base d’une technologie disponible et mature”

Michel Vakaloulis

De nombreux projets nucléaire actuels se basent en effet sur :

  • Le nucléaire de génération III, dont la construction commence dans les années 1990, dans le sillage de la catastrophe de Tchernobyl. Les quatre réacteurs VVER-1000/V412 en construction dans la centrale de Kudankulam en Inde sont de ce type.
  • Le nucléaire de génération III+. Les premiers réacteurs de ce type-là sont construits dans les années 2000, avec des projets comme l’EPR (European pressurized reactor, désormais nommé Evolutionary power reactor) de Flamanville-3 ou les EPR2 annoncés en 2021 par Emmanuel Macron. Parmi les réacteurs de cette génération actuellement en développement, on peut citer par exemple les VVER‑1200 de la centrale nucléaire d’El-Dabaa en Égypte.

La génération III+, qui a intégré au fil de son développement les enseignements de l’accident de Fukushima, est tout particulièrement mise en avant. Outre l’augmentation de la puissance, l’un des grands enjeux est l’amélioration de la sûreté des réacteurs. « Déjà, la conception de l’EPR avait relevé avec succès le défi de réduire les doses individuelles et collectives reçues par les travailleurs, le nombre des incidents significatifs, les rejets radioactifs, et surtout, divisé par dix la probabilité de fusion du cœur du réacteur. » Les chantiers des premiers EPR ont cependant connu fréquemment d’importants retards entraînant une explosion des coûts, à Flamanville notamment. « Sa complexité démultipliée et l’extrême diversification de ses équipements ont causé d’énormes problèmes à résoudre. » Ces problèmes ont été accentués, pour Michel Vakaloulis, par « l’érosion des compétences des entreprises de la filière », en raison du manque de projets ambitieux et donc de « l’inoccupation prolongée » des professionnels du secteur.

Le développement des « futurs EPR2 » annoncés par Emmanuel Macron (trois paires de réacteurs en développement dans les centrales de Penly, de Gravelines et du Bugey) « apportent de nombreuses modifications sur le volet de la constructibilité, en prenant notamment en compte le retour d’expérience des chantiers EPR en cours. L’objectif est de standardiser et de rationaliser tous les équipements du produit, en réduisant leur diversité et leur complexité. La réduction drastique de la diversité renforce l’optimisation de la chaîne de production des prestataires et des fournisseurs, qui seront plus enclins à investir dans l’appareil productif pour améliorer la qualité et augmenter les cadences de production ».

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