Vacances, j’oublie tout ?
Le tourisme du sommeil, signal d’alarme de nos sociétés épuisées
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Le tourisme du sommeil est en plein développement : c’est ce que mettait récemment en évidence un reportage de CNN. À Londres, New York ou Coimbra, les hôtels qui promettent quelques nuits d’un sommeil de haute qualité fleurissent. Phénomène de mode ou signe alarmant d’un état d’insomnie généralisée ? Réponse avec le philosophe Jonathan Crary.
Si nous partons en vacances, c’est en général pour découvrir de nouveaux lieux, pour visiter villes et musées, pour profiter d’un climat plus clément, pour voir la mer ou la montagne… Bref, pour faire l’expérience consciente d’un autre monde que celui du quotidien. Nous assistons cependant aujourd’hui au développement d’une tout autre forme de tourisme : un tourisme du sommeil (sleep tourism, selon le terme anglais utilisé par ses promoteurs) – soit un tourisme de l’inconscience. Un peu paradoxal, non ? Peut-on même parler de tourisme si l’on conçoit le tourisme comme consistant à « faire le tour », à vagabonder, à explorer, à se déplacer ? Le tourisme du sommeil est au contraire une pratique de l’immobilité où tout se joue dans l’hôtel, dans la chambre à coucher, dans le lit.
Le repos comme fin en soi
Bien dormir est certes une dimension prise en compte dans les vacances classiques – le voyageur cherche à se reposer, à se ressourcer. Mais bien dormir n’est pas le but des vacances : le sommeil réparateur vise essentiellement à profiter de la journée de découverte à venir et, plus généralement, à repartir du bon pied pour l’année à venir. Dans le sleep tourism, à l’inverse, le sommeil est la fin ultime. « Dans le tourisme du sommeil, les services sont conçus en mettant l’accent sur l’expérience du sommeil pour elle-même » ; « l’expérience est construite autour du sommeil plutôt que des heures passées éveillées », résume la chercheuse finlandaise Tarja Salmela dans The (Dis)organized Sleeping Body: Transgressing Boundaries (« (Dés)organisation du corps endormi. La transgression des limites »).