Le vivre(-)ensemble. Le pire du Bien
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Cet article est issu du numéro 96 de Philosophie magazine « Le bien et le mal, ça s’apprend ? », en kiosque le 21 janvier 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
C’est le grand slogan censé incarner la paix sociale. Mais gare à ceux qui refusent de s’y plier… Il leur sera rappelé que c’est la force qui fait le trait d’union – et non l’inverse.
C’est un appel, un mot d’ordre, une évidence, une règle d’or, une morale, un slogan, un Graal démocratique et un combat. Nul n’y échappe. Impossible d’allumer la radio, d’ouvrir un journal, de marcher ou de surfer sans croiser l’injonction du « vivre-ensemble ». Et qu’on soit en ville ou en campagne, il nous appartient manifestement, à toute heure du jour et de la vie, de relever avec enthousiasme le « défi du vivre-ensemble » ou de faire courageusement le « pari du vivre-ensemble » ! Autrement dit, qu’on le veuille ou non, le « vivre-ensemble » est partout et il faut bien vivre avec…
Le « vivre-ensemble », pourtant, ne veut rien dire. Le slogan qui tient lieu de projet, de vision du monde, d’éthique et de ligne de conduite est, en lui-même, d’une insondable vacuité. Mais comme ça ne veut rien dire en particulier, ça veut tout dire en même temps : du coup, se battre pour le « vivre-ensemble », c’est tout à la fois défendre l’œcuménisme, la tolérance et la mixité, lutter contre la solitude, l’indifférence, le racisme ou le communautarisme, et même, désormais, le terrorisme…