Généalogie
L’eau
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Cet article est issu du numéro 51 de Philosophie magazine « 51 - été 2011 », en kiosque le 30 juin 2011. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Alors que la plupart des philosophes ont attaché l’homme à la terre, quelques penseurs ont fait de l’eau un élément primordial de notre condition. Berceau de la vie ou flot menaçant, reflet de la complexité infinie du réel, la plongée dans l’élément liquide pemet d’ancrer la condition humaine dans la mobilité.
Ulysse, l’homme décentré
Homère (VIIIe siècle av. J.-C.)
Dans le périple qui ramène le héros de la guerre de Troie vers son île natale, la mer est d’abord l’expérience du danger. Ulysse affronte ainsi la tempête de Poséidon, dieu des Mers et des Océans qui le punit d’avoir aveuglé son fils, et brave les monstres marins Charybde et Scylla. Mais elle est aussi l’expérience du décentrement qui libère. Ulysse se laisse dériver vers le pays merveilleux des Phéaciens, et si finalement son navire « à la proue azurée » finit par le ramener à Ithaque, c’est une Ithaque métamorphosée par toute la distance de l’Odyssée.
L’élément primordial
Thalès de Milet (VIe siècle av. J.-C.)
« L’eau est le principe de toutes choses », affirme Thalès : tout ce qui existe dérive de l’humidité élémentaire. Originaire d’Ionie, en Asie Mineure, le sage se représente le monde comme une masse d’eau, sur laquelle la Terre flotte comme un bout de bois ou un bouchon cylindrique, et tremble parfois lorsque l’eau s’agite. Animant l’Univers tout entier, l’eau donne la vie.