Libye / Terrorisme
Les chemins du djihad mènent-ils à Rome ?
Cet article est réservé aux abonnés.
Cet article est issu du numéro 96 de Philosophie magazine « Le bien et le mal, ça s’apprend ? », en kiosque le 21 janvier 2016. Découvrez le sommaire et commandez ce numéro.
Daech s’implante en Libye et menace la Cité éternelle. Or, en son temps, Augustin, témoin de la chute de la capitale de l’Empire au début du Ve siècle, appelait à ne pas céder à la panique.
Le drapeau noir de Daech flotte sur la basilique Saint-Pierre de Rome. Un délire ? En tout cas, cette image – un photomontage paru dans le numéro 4 du journal de l’organisation islamiste, Dabiq – n’effraie pas seulement les citoyens. L’ONU et les dirigeants occidentaux craignent, en effet, l’installation d’un califat de Daech aux portes de l’Europe, en Libye. Le 14 décembre 2015, Jean-Yves Le Drian, ministre français de la Défense, avertit : « [Les djihadistes de Daech] sont à Syrte, ils étendent leur territoire sur 250 kilomètres linéaires de côte, mais ils commencent à pénétrer vers l’intérieur et à avoir [une] tentation d’accès à des puits de pétrole et à des réserves de pétrole. » D’après les estimations, entre 2 000 et 3 000 combattants de Daech ont investi la ville natale de Kadhafi et sa région, et y auraient installé plusieurs camps d’entraînement. Le scénario libyen reproduit le schéma mis en œuvre avec succès en Irak et en Syrie : profiter des désillusions et du désordre consécutifs à une intervention occidentale, rallier les anciens officiers du régime et certains islamistes locaux, mettre en place une économie de rente en s’emparant de la richesse pétrolière du pays, puis lancer la conquête de nouveaux territoires et viser l’Occident. Le 4 janvier 2016, Daech a ainsi attaqué des installations pétrolières dans les villes d’Al-Sedra et de Ras Lanouf, au nord de la Libye.